Mouvements ondulatoires qui apparaissent à la surface d'une étendue liquide, les vagues rapportent - paradoxalement - des évènements singuliers en tous points opposés à la monotonie que leur régularité inspire !
Nintendo, numérique, rock ou latino, elles président à toutes sortes de renouveaux artistiques, technologiques ou commerciaux couronnés de succès. Cette exceptionnalité se retrouve dans leurs déclinaisons météorologiques, les vagues étant très rarement conformes aux moyennes saisonnières. La « vague de chaleur » se révélait ainsi en août 2003 le seul moyen fiable de parvenir concomitamment à la réduction du déficit de la sécu tout en augmentant le nombre de places disponibles en maison de retraite ! Sa jumelle « vague de froid » tue régulièrement aussi, mais on s'en fout également, vu qu'elle choisit plutôt ses victimes dans la grande famille des SDF.
Lorsqu’elles ne sont, ni bleues, roses, rouges ou vertes, les vagues s’annoncent au bras de l’inséparable conservatisme social qui leur est consubstantiel. La référence aux vagues de déception, de protestation, d’indignation ou d’émotion n’est plus une tendance : c’est carrément une vague de fond !
Rien ne sert pourtant de dramatiser car on a vu pire ! Toujours subies, les vagues précèdent également des évènements internationaux inquiétants : une vague de violence contre les tziganes en Serbie, les Arabes en Inde ou les journaux indépendants au Kazakhstan… De manière générale, le vocable est apposé à des mots franchement déplaisants comme le vandalisme, les expulsions, la répression, les arrestations, l’attentat ou encore l’exécution. Le jour où vous entendrez parler d’une vague de paix ou d’amour, faîtes-moi signe !
Pour tout ce qui est positif, on préférera plutôt l’agréable « élan » de générosité ou de sympathie. L’élan procède de la volonté humaine. C’est certainement la raison pour laquelle tout élan d’égoïsme et de méchanceté ne figure pas dans le vocabulaire… Et pourquoi la vague de gentillesse n’existe pas ! Ces deux mots deviennent dès lors carrément antinomiques. Si l’on avait vu un élan de solidarité accompagner la vague de canicule en 2003, les choses n’auraient peut-être pas tourné au vinaigre !
Le vocabulaire océanique prend ainsi acte de la récurrence des marées sur laquelle la main de l’homme n’a pas de prise. Avec un tel relent de fatalité en toile de fond, une sorte de non lieu semble accompagner les massacres ethniques et autres évènements macabres. La vague s’est déshumanisée et s’impose à la faveur d’une amnistie générale. Le mot devient du coup encore plus inquiétant, car il laisse insidieusement accroire qu’aucun de nous ne peut influencer le cours d’atrocités dont nous sommes pourtant les seuls (ir)responsables...
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