Why ?

Peut-on encore échapper au Capharnaüm

Hypolite B. ausculte les 100 mots qui fâchent...

Capharnaüm ?

Définition: Lieu où s'entasse un bric à brac d'objets divers

Synonymes: Bazar, bordel, bric-à-brac, confusion, désordre, encombrement, entassement, fourbi, méli-mélo, pêle-mêle, pagaille ...

Citation: "Les bureaux du « génitron » en fait de terrible désordre, de capharnaüm absolu, de pagaye totale, on pouvait pas voir beaucoup pire... (...) un méli-mélo tragique, tout crevassé, décortiqué, toute l'œuvre à Courtial était là, en vrac, en pyramides, jachère..."
(CÉLINE, Mort à crédit)

Histoire: Capharnaüm, ville située au bord du lac de Tibériade, où Jésus fut assailli par une foule hétéroclite de malades faisant appel à son pouvoir guérisseur

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Mardi 9 janvier 2007

A l’heure ou Ségolène Royal entend « revisiter » (Le Monde, 20 août 2006) l’héritage de François Mitterrand, on ne résiste pas à l’envie de revisiter nous aussi la sémantique du mouvement immobile : je veux bien sûr parler de cette propension tout à fait remarquable qu’ont certains à faire du neuf avec du vieux, de vendre du congelé réchauffé devant des sondés ébahis : bref, un certain génie français à revisiter l’effet « Picard surgelé », succès médiatique à la clé. L’emploi du tout aussi délicieux que pudique terme « revisiter » le dispute largement à l’opération de lifting « droit d’inventaire » réclamée quelques années plus tôt par Lionel Jospin. Qui le dispute également au flacon de formol étiqueté « changement dans la continuité » prôné successivement par Pompidou (1969) et Valérie Giscard d’Estaing (1974). Bien sûr, le mot que je préfère est celui de « changement dans la continuité », un superbe non-sens qui en dit long sur le courage en politique. Changer sans vraiment changer pour ceux que le changement fâche ; mais continuer – sans vraiment continuer non plus – pour ceux que le continuité fâche tout autant. En politique, il paraîtrait que cela s’appelle « le rassemblement ». Triste ironie de l’histoire, cela a plutôt l’effet magique de ne rassembler que les extrêmes.

Un matin que je lançais la page de Google News, je tombais ainsi devant ce qui m’apparut comme une explication de cette inexorable montée du FN et de LCR, explication tellement limpide qu’elle était bien sûr passée inaperçue : « Jacques Chirac- Angela Merkel, le changement dans la continuité ». Un titre opportunément choisi pour la première visite de la chancelière allemande à Paris, le 24 novembre 2005. C’était toute l'inaction de Chichi qui se trouvait résumée en ces quelques mots. Je voulais espérer que l'on ne s'en vantât point trop, mais ... la pirouette prit finalement le dessus ; une manière élégante de revendiquer le consensus mou, la politique pâte à modeler sauce aigre-doux, sucrée-salée, centre droit-centre gauche, blanc bonnet et bonnet blanc, social-démocratie contre démocratie sociale, le « ni pour, ni contre, bien au contraire », au choix !

Ainsi l’aboulie (c'est-à-dire l’absence de volonté) des dirigeants surfe-t-elle sur des phrases toutes faîtes. Maintes tournures de langage qui pérennisent ce fameux syndrome psycho-maniaco-pathologique du « Picard surgelé » décrit plus haut. Pas besoin d’une prose de cinq cent pages pour pointer l’impuissance des élites ; il suffit juste de regarder cette belle expression dans le fond des yeux.

Par Hypolite Brindavoine - Publié dans : Des mots pour faire l'autruche
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Vendredi 25 août 2006

Nouvelle proposition : pourquoi ne pas créer de toutes pièces l’expression « jeunes a-favorisés » ? Ce serait une juste réplique à un abus de langage - plutôt amusant du reste - dont les médias et les associations se font régulièrement l’écho : celui de « jeunes défavorisés » habitant des « quartiers défavorisés ».

Pour qualifier quelqu’un de « défavorisé », nous partons a contrario du principe selon lequel notre petit monde est uniquement peuplé de « favorisés » ; c’est en tout cas le seul élément de comparaison proposé. Or en toute logique, nous devrions nous fixer comme référence le jeune « ni-ni » : « ni » pauvre, « ni » riche, « ni » beau, « ni » moche, « ni » con, « ni » trop intelligent, le jeune « normal », quoi (ah ! cette normalité…) : le jeune « a-favorisé ».

D’abord le mot « défavorisé » est une nouvelle précaution de langage pour évoquer « ceux-dont-on-ne-doit-pas-citer-le-nom » ; ensuite il présuppose une réalité forcément fausse et irréaliste, puisque si tout le monde était « favorisé », plus personne ne le serait ! Il faudrait donc dorénavant dire : un jeune en-dessous de la moyenne des autres jeunes « a-favorisés », vivant dans un quartier se situant en dessous de la moyenne des quartiers « a-favorisés »…

Je vous concède que l’expression n’est pas forcément très légère, mais elle est (un peu plus) juste.

Par Hypolite Brindavoine - Publié dans : Des mots pour faire l'autruche
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Vendredi 18 août 2006

L’expression « on naît avec ou on naît sans », teintée souvent d’un brin d’ironie, ne fait plus rire quand on sait combien l’argot moderne fait état de la seconde catégorie de sujets. Puisqu’il qu’il est devenu trop barbare d’admettre qu’il y ait en France des clandestins, des crèves la faim, des orphelins, des chômeurs de longue durée, des dépressifs et des alcooliques, on préférera qualifier ces individus en référence à quelque chose de « normal ». C’est que l’obsession de la normalité rôde dans les parages : biberonnés de « retour progressif à la normale » dans les métros et de « températures proches des normales saisonnières » vers 20h45, il nous faut trouver la parade pour standardiser le difforme : les « sans » tombent à point nommé. Les « sans » papiers, les « sans » abris (autrement appelés les « sans » domicile fixe ou les « sans » logis) les « sans » ressources, les « sans » emploi et les « sans » famille occupent ainsi régulièrement le devant de la scène.

Lorsqu’il est question de régularisation de clandestins, de squats de manouches, de vagues de froid meurtrières et de seuils psychologiques des 10% de chômeurs, la préférence pour le préfixe « sans » tranche étonnamment avec l’attitude courageuse que les médias, avec force tapage, nous invitent à adopter lorsque nous nous informons. C’est comme si le message d’ensemble était du coup brouillé : le consommateur oscille entre la conscience de ses responsabilités devant des images parfois insoutenables, et la fuite pure et simple au son des mots qui les accompagnent. En prenant comme étalon de référence le français moyen, « avec » son passeport, son toit, son job et sa marmaille en bonne et due forme, le langage a réussi le pari de « normer » l’inclassable. Service minimum de bonne conscience garanti.

Il faut voir, enfin, avec quelle efficacité les médias ont simplifié une réalité complexe. Le mot « sans » est symptomatique de cette volonté, parfois inconsciente, d’aplatir les différences. Songeons un instant à la variété de situations que recouvre l’appellation « sans » papiers : les demandeurs d’asiles, les réfugiés sans statut, les conjoints de citoyens français, le conjoints de personnes en situation régulière, les conjoints d’un réfugié statutaire, les parents d’enfants nés en France, les enfants entrés en France hors regroupement familial, les étrangers atteints d’une pathologie grave… foin des nuances, tout ce petit monde se voit commodément « rubriqué » dans la catégorie floue et indigeste de « sans » papiers. Voici que l’on ne désigne plus, mais que l’on qualifie ; on ne définit pas, on distingue ; on ne dénomme point, on catalogue.

Par Hypolite Brindavoine - Publié dans : Des mots pour faire l'autruche
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Jeudi 10 août 2006

La « zone » a le vent en poupe. Terme cru désignant un « faubourg caractérisé par un habitat misérable » (définition du Trésor), le terme « zone » a été considérablement anesthésié lorsque le vocabulaire étatiste lui a, paradoxalement, apposé ses lettres de noblesse. Depuis que l’administration a préempté l’appellation « zone », rien ne va plus : avant, on disait « c’est la zone » ; maintenant, il faut dire « les zones », tant elles sont nombreuses et disparates.

Petites sœurs des « quartiers » (avec toute la terreur que ce mot inspire), les « zones », donc, sont soumises à deux forces contradictoires : pas assez d’urbanisation d’un côté, avec la création en 1958 des « ZUP », zones à urbaniser en priorité et en 1996 des « ZRU », zones de redynamisation urbaines ; trop d’urbanisation de l’autre, avec l’arrivée en 1961 des « ZAD », zones d’aménagement différées afin de lutter contre la spéculation immobilière. Le lexique bureaucratique nous apprend donc que la ville est tout à la fois la seule solution viable aux emmerdes - tout en étant jugée comme l’inévitable continuation des mêmes emmerdes, comme en témoigne l’apparition en 1996 des très pudiques « ZUS », zones urbaines sensibles. De quoi sombrer dans le désespoir – ou le cynisme, c’est selon.

Synonymes de déréglementation (zone de non droit, zone franche urbaine, zone de libre échange des Amériques, zone économique européenne, zone libre…), les zones tranchent pourtant avec le tout plein de lois dont certaines font justement l’objet. Fréquemment « prioritaires » (apparition en  1982 des « ZEP », zones d’éducation prioritaire, création en 1990 de l’« OZP », l’observatoire des zones prioritaires), on a également vu qu’elles pouvaient également être « différées ». Mais cela revient au même, puisqu’on les « diffère » en « priorité » : les zones sont donc peuplées de « zonards », dit aussi citoyens « de seconde zone », traités en théorie comme s’ils appartenaient à la « première zone » (une oxymore, bien sûr).

Il semble ainsi proliférer une duplicité entre le langage âpre de la rue et le lexique administratif teinté d’extrêmes précautions : plus l’on remet des « couches de zones » avec maintes appellations poétiques et imaginatives, plus c’est bizarrement pour parler de « la zone », sa réalité choquante et misérable. L’étude de ce mot révèle ainsi des merveilles d’imagination et de créativité bureaucratique ; les fonctionnaires et leurs administrés ne semblent pourtant pas communiquer sur les mêmes ondes.

Par Hypolite Brindavoine - Publié dans : Des mots pour faire l'autruche
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Vendredi 28 juillet 2006

Si vous doutiez encore du pouvoir déformant des mots, allez donc vous procurer en kiosque le numéro d’août 2006 du magazine Capital. Sa lecture m’a filé quelque espoir et beaucoup de frissons : place aux « jeunes » dans cette édition, avec force sondages sur la manière dont les adolescents de 15 à 35 ans jugent le monde présent et à venir. Dans le questionnaire « ces mots vous paraissent-ils connotés plutôt positivement ou négativement », je suis resté interdit par l’abîme entre ce qu’un mot signifie en théorie et comment il est perçu en pratique : les jeunes plébiscitent les mots « libéralisme » (67% d’opinions positives) et « mondialisation » (58% d’opinions positives). Et alors que le terme « finance » empoche 56% d’opinions positives, les sondés rejettent celui de « capitalisme » avec un score quasiment identique (58% d’opinions négatives, 38% positives). Pour résumer, nous pourrions donc dire que les jeunes sont favorables au libéralisme, ouverts à la mondialisation, réceptifs aux bienfaits de la finance, mais clairement anti-capitalistes… C’est à n’y rien comprendre.

Songeons maintenant aux motivations, pas tout à fait innocentes, des rédacteurs du questionnaire : pour proposer des mots différents au concept d’économie de marché, il leur a bien fallu juger plausible, avant même la réalisation du sondage, que chaque terme puisse réaliser un score différent. Donc prendre acte du pouvoir des mots, au-delà même de l’idée à laquelle ils renvoient. Ils avaient vu juste. Pour espérer gagner l’adhésion des jeunes, un politicien exprimera son souhait de voir pérennisée l’économie de marché de n’importe quelle manière, pourvu qu’il ne fasse pas sien le terme de « capitalisme ». La pédagogie a encore du chemin à faire – et la démagogie de beaux jours devant elle.

Pourrait-on imaginer un duel sur le fil entre un candidat s’appropriant en douce le mot « mondialisation » et un autre jouant à la dérobée la carte du « capitalisme » ? Une bataille de pure forme que ce sondage rend pourtant concevable. C’est sidérant, et comme je m’éreinte à le répéter, « c’est-encore-une-fois-la-faute-aux-mots ».

Par Hypolite Brindavoine - Publié dans : Des mots pour faire du bruit
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Mardi 25 juillet 2006

Je suggère que nous réhabilitions le mot « devoir », auquel la nation ne fait presque plus référence. Quelques subsides de devoir militaire, certaines habitudes électorales qui passent plus pour un acquis qu’une responsabilité, un devoir de mémoire, peut-être, lorsque les livres d’histoire font débat… Tout au plus fait-on référence, aux articles 212 et suivants du code civil, au « devoir conjugal » - ce qui, cela peut se justifier, est amplement suffisant.

En revanche, le mot « droit » monopolise tout nos textes fondateurs. La Déclaration des « droits de l'homme et du citoyen » de 1789, bien sûr, qui évoque les « droits naturels, inaliénables et sacrés » ; le préambule de la Constitution de 1946 qui consacre des « droits » de nature économique et sociale : le droit au travail et à l'emploi, le droit syndical, le droit de grève, le droit d'asile aux personnes persécutées… Mais nulle trace des « devoirs ».

Dans les manuels d’instruction civique, l’édition 2006 du Cahier d’activités (Nathan, 4e) parle de « droits des travailleurs » et de « droits sociaux pour les collégiens ». « Demain, citoyens » (4e) évoque des droits politiques, des nouveaux droits des apprentis, etc. Nulle part le mot « devoir ».

Les mots de l’échange, du contrat, de l’engagement qui fait société se sont évanouis. Dans les faits, le « service » rendu l’est à sens unique. Le patriotisme est en berne, puisqu’à part consommer équitable, rien ne nous impose d’être citoyen – et finalement d’être français. Il y a, dans cette exaltation des avantages et cet effacement des responsabilités, cette attente un rien suffisante d’un dû; un brin de perversité, aussi : comment s’étonner ensuite de l’immuabilité des corporatismes et de  la montée de l’individualisme ?

John Kennedy a eu du courage en disant : « Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais ce que pouvez faire pour votre pays. » Par lâcheté peut-être, on a préféré parler en France de « cohésion », un mot pervers qui finit par produire l’exact contraire de lui-même. Par couardise, on s’est trop vautré dans la stérilité de notre « pacte républicain » exalté par Dominique de Villepin, dans les « valeurs de la République » dont Chirac fait immodérément référence, ou de cette aspiration au « rassemblement » que la gauche a rongé jusqu’à l’os. Alors que je suis persuadé que la réhabilitation des devoirs, dans les faits (service militaire, obligation de voter sous peine d’amende – comme au Chili, du reste) et bien sûr dans les mots, serait un appel bien plus percutant à la responsabilité de chacun.

« Devoir » semble un lieu commun. Et pourtant, c’est un mot neuf. Un territoire en friche. Un extraordinaire potentiel de cimentage national, un espoir d’unité, le meilleur rempart contre les abus de droits dont nous avons trop payé la facture.

J'ai besoin de mots.

Par Hypolite Brindavoine - Publié dans : Humeurs
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Mardi 18 juillet 2006

Plus je consomme du multimédia, plus je me persuade qu’une entente illicite est à l’œuvre entre les magnats de la presse et les laboratoires pharmaceutiques. Une sorte d’économie du mal qui tourne sur elle-même. Un win win partnership dont nous sommes une fois de plus les dindons farcis. Seigneur ! Fouettés aux « chocs » que nous sommes, il ne faut pas s’étonner que les français soient les premiers consommateurs d’anti-dépresseurs au monde …

Un effet d’annonce fera rarement l’économie de ce mot déprimant : on vantera une « formule choc », un « témoignage choc », « Encore plus de choc sur le Magazine Choc ! », une « campagne choc contre le cannabis », ou un « prix choc » pour je ne sais quelle offre mirobolante … Consommateurs-citoyens, ça vous « chatouille » ou ça vous « gratouille » ? Bien malgré lui, le dictionnaire de la langue française se métamorphose en manuel de premiers secours : vous êtes saisi, nous dit la notice, d’une « émotion violente et inattendue pouvant provoquer de grandes perturbations physiques et psychiques » au moment où vous posez vos yeux sur un tabloïd. Il est alors juste temps d’avaler votre antidote.

Les éditorialistes ne supportent même pas la conciliation et l’harmonie, au point d’aggraver encore les antagonismes. Gavés d’« ondes de choc », du « choc des civilisations », ou du « choc pétrolier », voilà que l’on nous impose un rapport violent et agressif à tout ce qui nous entoure. Comment peut-on vivre à peu près sereinement dans un monde pareil ?

Utopiste, vous rêvez peut-être d’un monde plein de « mamours » et de « papouilles » ; vous voudriez - comme moi - que toutes les réclames soient la digne imitation d’une pub Cajoline, avec ce brave nounours qui s’en va se vautrer dans une couverture embaumée de lavande. Vous en pincez pour les « contacts-chaleur », « les ondes de caresses » et autres « déclarations frou-frou » ? Seul un « électrochoc » salutaire vous le permettra !

Par Hypolite Brindavoine - Publié dans : Des Mots pour faire peur
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Mardi 11 juillet 2006

L’expression « révolution conservatrice » fiche le vertige. De deux choses l’une : soit on est révolutionnaire - et donc pas conservateur ; soit on est un conservateur et l’on n’est donc pas un révolutionnaire. Se dit révolutionnaire quelqu’un « qui bouleverse les principes établis ; qui tend à transformer des modes de pensée, d'action, des procédés de fabrication ». N’est-il pas question de changement, d’avancées et non de statu quo ? L’expression insinue pourtant que le conservatisme est en réalité un progressisme, ce qui est a priori paradoxal si l’on s’en tient à la définition du conservateur : « personne dont l'état d'esprit tend à conserver les traditions, l'ordre établi ». D’où l’apparition imminente, dans notre charabia moderne de la « conservation révolutionnaire », agréable synonyme de «  révolution conservatrice » par le simple truchement des deux mots. Un délit d’atteinte aux conventions langagières sera dénoncé pour évocation du « modernisme réactionnaire » pourfendu par les « traditionalistes up to date » et les « clampins dernier cri ». On en perdrait son latin.

Tout ceci n’est encore rien si l’expression de départ ne suggérait pas a contrario que les révolutionnaires et apparentés ne sont en fait qu’une bande de fieffés conservateurs. Bienvenue, donc, dans le monde étrange des « progressistes attardés », des « réformateurs primitifs » prônant avec force conviction la « révolution du statu quo », tenant les banquets du « bouleversement immobile », à la tête du parti de « l’innovation bien-pensante ». C’est au choix et à la carte. Avec 2 aspirines mille si possible et 3 suppositoires pour faire baisser la fièvre.

Vous ne savez toujours pas pour qui voter ? Ceci ne devrait pas vous aider : « progrès social » versus « progrès économique », « régression économique » contre « régression sociale », « archaïsme » gauchiste face au « néo-conservatisme » droitier… nul ne sait bien qui sont les anciens et les modernes dans tout ce fouillis. Les boussoles idéologiques ont été désorientées par la bastonnade des mots. Le terme « révolution conservatrice » n’est, lui, que l’arbre qui révèle la forêt. L’expression qui en dit long sur toutes les autres.

Par Hypolite Brindavoine - Publié dans : Des mots pour faire du bruit
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Mercredi 5 juillet 2006

Chaque jour apporte son lot d’explosions au cœur d’un marché et à une heure de grande affluence. Ces tragédies passeraient pourtant inaperçues si elles n’étaient pas systématiquement montées en épingle par des médias toujours à l’affût de l’odeur du sang. Quatre mot, quatre petits mots suffisent à créer davantage de malaise : quelque soit l’attentat, c’est toujours « le plus sanglant depuis ».

Très en pointe au sujet de la guerre en Irak, les éditorialistes rivalisent d’ingéniosité pour trouver la date butoir, celle qui constituera l’étalon de référence. Ce pauvre pays vit ainsi régulièrement l’ « attentat le plus meurtrier depuis » quelque chose : « depuis que les forces américaines ont éliminé Al-Zarqaoui » (Radio Canada), « depuis le début de l'année » (Yahoo Actualités), « depuis un an », « depuis le transfert du pouvoir, il y a juste un mois, au gouvernement irakien d’Iyad Allaoui », « depuis la chute de Saddam », ou encore « depuis la fin de la guerre en Irak »… L’intensité monte et ne retombe pas. La courbe des victimes est invariablement ascendante et rien ne pourra faire retomber la pression. Peu importe donc le nombre exact de victimes ! Retenons simplement qu’un record a été à nouveau battu. Un évènement inédit qui justifiera que l’on se tape une plage de pub pour en savoir un peu plus.

J’attend avec impatience le jour où l’on nous dira que cette explosion « est la plus sanglante depuis la dernière explosion » ! Ca prête à sourire ? Nous aurons pourtant fait un grand progrès ! Car pour la première fois, le reporter aura simplement eu l’honnêteté de dévoiler sa stratégie : en tordant les chiffres et les dates dans tous les sens, on trouve toujours une parade géniale pour faire rentrer chaque catastrophe dans le livre des records. Faire trembler les trouilles-au-cul, c’est juste une question d’imagination.

Par Hypolite Brindavoine - Publié dans : Des Mots pour faire peur
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Samedi 1 juillet 2006

En écho au post « lutte contre le tabagisme » (4 juin), j'ai bien aimé le titre du Figaro ce matin : « Ariel Sharon lutte toujours pour la vie ». En général, on titrera « lutte contre la mort » en parlant d’un patient dans un état critique. Il y avait pourtant ici comme une touche d’optimisme, un peu de fraîcheur et d'espoir…

Par Hypolite Brindavoine - Publié dans : Humeurs
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Capharnaümnautes

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