Il est un mot qui tournoie dans l’air du temps : le « sursaut ». Tel un papillon, celui-là ne s’est pas laissé attraper facilement. Mais j’ai fini par mettre le filet dessus. Avec comme toile de fond une contestation à peu près systématique à tout ce qui porte le nom de changement, le mot « sursaut » a, en économie, la faveur de ceux qui y croient encore. On a donc opportunément ressorti ce « mouvement instinctif d'une personne ou d'un animal qui se redresse brusquement sous l'effet d'une vive surprise, d'un sentiment d'agression » pour espérer le ressaisissement salutaire. Mais le mot fait plutôt peur : car dans l’esprit de ceux qui l’emploient, c’est bien le seul qui vaille encore avant la débâcle.
Ainsi a pu-t-on voir Michel Camdessus publier en 2004 et à la demande du ministère de l’économie un rapport intitulé « Le sursaut - Vers une nouvelle croissance pour la France » : le terme à lui seul en disait suffisamment long sur l’état de nos finances publiques. Quand « Chirac appelle les Français au sursaut » républicain face à la montée des actes antisémites et racistes, j’ai la désagréable impression que j’ai entendu cette phrase pour la mille et unième fois. Peut-être celle de trop ? Et lorsque le même protagoniste appellera un soir d’avril 2002 au « sursaut démocratique », c’est encore parce qu’on avait une fois de plus frôlé la catastrophe. On a récemment vu Le Monde titrer « un sursaut pour un sursis » à propos de la qualification in extremis de la France pour les 1/8e de finale de la coupe du monde de foot et Le Figaro constater un « léger sursaut des vocations sacerdotales » ; on parle de « sursaut européen contre la bibliothèque Google Print », la CGT appelle à un « sursaut syndical » … etc., etc., etc.
La récurrence du « sursaut », c’est la démonstration polie que tout peut basculer d’un moment à l’autre. Pour les élites, une manière convenable mais très explicite de d’avertir que nous sommes au bord de la rupture. « Sursaut », ça veut bien dire ce que ça veut dire : « laissez tomber la "réaction" : c’est trop tard et le remède s’apparente plutôt à un traitement de choc ; la "révolution" ? C’est un peu tôt. Mais limite. »
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