Why ?

Peut-on encore échapper au Capharnaüm

Hypolite B. ausculte les 100 mots qui fâchent...

Capharnaüm ?

Définition: Lieu où s'entasse un bric à brac d'objets divers

Synonymes: Bazar, bordel, bric-à-brac, confusion, désordre, encombrement, entassement, fourbi, méli-mélo, pêle-mêle, pagaille ...

Citation: "Les bureaux du « génitron » en fait de terrible désordre, de capharnaüm absolu, de pagaye totale, on pouvait pas voir beaucoup pire... (...) un méli-mélo tragique, tout crevassé, décortiqué, toute l'œuvre à Courtial était là, en vrac, en pyramides, jachère..."
(CÉLINE, Mort à crédit)

Histoire: Capharnaüm, ville située au bord du lac de Tibériade, où Jésus fut assailli par une foule hétéroclite de malades faisant appel à son pouvoir guérisseur

Mercredi 5 avril 2006 3 05 04 2006 09:49

Si d'aventure un Tocqueville américain faisait crisser les pneus de sa Mustang dans la France du 21ème siècle, il serait consterné de voir à quel point le mot « crise » alimente nos moulins à paroles locaux. Passés maîtres dans l’art de l’autoflagellation, les Français ont fait du mot « crise » le point d’orgue de toute conversation de café. Le temps est passé où l’on se plaignait de « l’été trop sec » ou de « l’hiver trop pluvieux » ; on s’en prend dorénavant à « la crise ». C’est devenu la toile de fonds de nos bavardages, celle qui préside à la morosité ambiante. Crise de l’industrie du disque, du gaz, de la vache folle, des banlieues, du logement, de la culture scolaire ou de la filière viticole… on ne compte plus les crises qui secouent notre pauvre vieille Gaule. Pour charger davantage la barque, on en vient rapidement à tout généraliser : on se réfère à la crise sociale, à la crise de la démocratie, à la crise des institutions ou encore à la crise de régime. Pour résumer, la France « est en crise » … quand nos voisins européens s’accordent de plus en plus à penser que la France « fait sa crise ».

Passons ce douloureux débat, penchons-nous plutôt sur le mot « crise », « manifestation brusque et intense, de durée limitée (d'un état ou d'un comportement), pouvant entraîner des conséquences néfastes ». Le contresens est flagrant : pourquoi qualifier de « crise », évènement par nature bref et brutal, un phénomène qui remonte au milieu des années 70 ? Mitterrand a dénoncé en 1964 le « coup d’état permanent », juxtaposition absurde de termes contradictoires ; la vulgate dominante pointe dorénavant la « crise permanente », magnifique oxymore dans son genre. Parlons peut-être de « mal-être », de « marasme » ou de « malaise » permanent. Mais depuis le temps que nous en sommes « en crise », le mot est dépassé.

Ceci n’empêche nullement l’antidote « sortie de crise » de revenir en force sur le devant de la scène. Terme agréable souvent préféré au trop disgracieux « déroute de trouille-au-cul face au foutoir généralisé », « sortie de crise » a le mérite d’être clair : à ne pas reculer, la présomption de responsabilité du scénario inverse, la crise, pèse systématiquement sur le pouvoir, et non pas sur la rue. C’est avec cette (im)pitoyable guerre des mots pour toile de fond que débarquent les professionnels de la « communication de crise », de la « gestion de crise » et de l’ « organisation de crise ». Foin du marasme, ceux-là n’ont pas d’inquiétudes à se faire pour la pérennité de leurs business !

Par Hypolite Brindavoine - Publié dans : Des mots pour faire du bruit
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Lundi 3 avril 2006 1 03 04 2006 12:43

Le caquetage politique serait réduit à néant sans la récurrente manifestation d’une « vive émotion ». Puisque les Français redemandent du biberonnage social, la « vive émotion » s’est imposée comme la guest star des soliloques publics. A l'entrée du dernier virage du marathon compassionnel, Chirac est en tête. Le président de la République partage à l’envi sa « vive émotion » ; à l'annonce de la mort de la chanteuse Barbara, par exemple ; « profonde émotion » en apprenant la mort de Jean Paul II ; le décès de plusieurs militaires espagnols en Irak à nouveau accueilli avec ... une « vive émotion » ; « vive émotion» et « profonde sympathie » après une mémorable agression survenue dans le RER D...

Le maternage institutionnalisé gagne du terrain. A coups de communiqués larmoyants, nos infirmières d’un nouvel âge entassent couches de beurre sur couches de confiture. Place à l’« émotion » et à la « tristesse » de Villepin suite au décès de trois pompiers dans la Nièvre en 2005 ; à l’« immense tristesse » et à la « profonde colère » de Jean-Pierre Raffarin après un accident qui a coûté la vie à plusieurs pompiers sur une autoroute dans la Drôme, en 2002… On ne peut pas rester de marbre face au drame. On peut bien être un requin ou un tueur, chef de guerre de son camp, poids lourd, éléphant ou dinosaure du parti, vient le moment où il faut « injecter de l'humain », comme disent les spin doctors. « Sincères condoléances » de Raffarin après le décès de Marc-vivien Foé en 2003; « Crash avion : François Hollande exprime ses condoléances aux familles » ; « Décès de Marie-Claire Mendès France: M. Hollande exprime sa tristesse »

Seigneur… la France s’est transformée en une gigantesque nurserie ; nos ministres s’y sont reconvertis en papa poules. Même Kouchner ne fait pas aussi bien dans le charity business ! « Consternation », « profonde compassion personnelle », « révolte », « solidarité », « peine » … autant de mots de passe balisant la piste à la magistrature suprême. Mais le mot que je préfère entre tous, c’est la « vive émotion ». L'émotion est un « bouleversement, secousse, saisissement qui rompent la tranquillité, se manifestent par des modifications physiologiques violentes, parfois explosives ou paralysantes », selon le Littré. J'imagine le grand Jacques prendre toutes les couleurs de l'arc en ciel et se plier en deux sur son secrétaire … Alors si l’on y ajoute le mot « vif », synonyme de « très intense », le dictionnaire promet sur le papier une mort soudaine par crise d’épilepsie !

Le politique nouveau est arrivé ! Pas besoin de capuche rouge, place à ma Bonne Maman prête à me mitonner des petits plats ! Et puis, j’aurai aussi droit à la prime de Noël, vous savez ! mon argent de poche pour les fêtes, par peur que je ne fasse des caprices dans la rue …

Par Hypolite Brindavoine - Publié dans : Des mots pour faire du bruit
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Mardi 28 mars 2006 2 28 03 2006 12:14

Comme le cassage de Capharnaüm ne rime pas avec « demi-mot », Zélie Croque-au-sel avait son mot à dire concernant la tendance lobotomisante des médias à se référer au vocable « vague »

La « nouvelle vague » a fait des petits : il y a quelques années débarquait la « vague latino » qui a consacré J-Lo, Shakira et autres « bombas » au déhanché suggestif, parfois plus inspiré que les paroles de leurs chansons… Mais au final, elle s'avérait toutefois plus sympathique que les jumelles « vague de chaleur » et « vague de froid » : en août 2003, la première se révélait le seul moyen fiable de parvenir concomitamment à la réduction du déficit de la sécu tout en augmentant le nombre de places disponibles en maison de retraite. Preuve en est que les pouvoirs publics apprécient le phénomène à sa juste valeur : rien n'a été fait pour lutter contre cette tueuse de mamies en dehors d'une alerte météo relayée d'un ton docte trois fois par jour par Evelyne Delhiat et consorts aussitôt que le thermomètre dépasse 28°C.

La « vague de froid » tue également, mais on s'en fout aussi, vu qu'elle choisit ses victimes plutôt dans la grande famille des SDF. Le ministère de la Santé, dans sa grande sagesse, a remarqué que « le froid intense peut avoir des effets néfastes pour la santé survenant de façon parfois sournoise ». Heureusement que ce bon ministère met son site à profit pour prévenir les gens qui dorment dans la rue qu'ils vont se les geler grave, et qu'ils peuvent même en crever!

Dans ses déclinaisons météorologiques, la vague est la plupart du temps « exceptionnelle », et l’on n'entend plus rarement parler d'une vague « conforme aux moyennes saisonnières »...

Dernière-née de la famille, la « vague de violence ». Offrant une alternative intéressante à sa cousine « escalade de la violence » (souvent réservée à la baston Israël / Palestine), la « vague de violence » est universelle et permet de qualifier au choix des évènements internationaux (« Nouvelle vague de violence contre les tziganes en Serbie », « Bangladesh : le gouvernement doit s'opposer à une vague de violence », « Vague de violence contre des journaux indépendants au Kazakhstan », etc.) ou des faits locaux, tels les soulèvements banlieusards de 2005. À cette occasion, la vague revêt un caractère, non plus exceptionnel mais souvent nouveau! En novembre, moult journaux télévisés entamaient la litanie des catastrophes quotidiennes par « nouvelle vague de violence cette nuit à Val Machin… », rendant ainsi à cette vague la récurrence d'une marée…

Le recours régulier au terme « vague » participe de la volonté de faire de l'info spectacle. Le but est double : d'une part, pour assurer aux médias l'oreille attentive des quidams aux aguets, avides d'informations étonnantes à commenter avec leur coiffeur ; d'autre part pour démontrer à ces mêmes quidams que le loup est aux portes de la ville, qu'ils doivent trembler dans leur chaumière, jusqu'à ce qu'ils soient prêts à être conduits à l'isoloir en rangs serrés à droite…

Par Zélie Croque-au-sel - Publié dans : Des Mots pour faire peur
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Vendredi 24 mars 2006 5 24 03 2006 09:45

Véritable tic de langage utilisé à tort et à travers dans les médias, le pléonasme - c'est-à-dire un terme ou une expression qui ajoute une répétition, consciente ou inconsciente, à ce qui a été énoncé, selon le Littré - « prévoir à l’avance » revient en force ici ou là.

Ainsi, ai-je pu entendre, dans la bouche d’un présentateur de télévision au cours d’un bulletin d’infos en septembre 2004, que les cyclones étaient  « impossibles à prévoir à l'avance » … Je regrette que l’on ne puisse les voir venir, mais je serais plus troublé encore si l’on se mettait à prévoir après coup : ce serait une belle imposture !

Par Hypolite Brindavoine - Publié dans : Des mots pour faire du bruit
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Lundi 20 mars 2006 1 20 03 2006 21:48

Pour se lamenter à peu de frais sur les malheurs dont « on » nous accable, plusieurs possibilités existent : pointer le « complot », bouc émissaire commode de la rhétorique lepéniste. Mais ce mot m’ennuie ; à avoir été décrié à l’envi, il a perdu de cette mystérieuse force qui caractérise le mot de l’ombre, rare, et dont on ne soupçonne pas la vraie puissance.

Certains préféreront dès lors le mot « système », certainement le plus balisé de tous. Evoquons le « système » Delanoé (en référence à un livre de la journaliste Sophie Coignard) et la machine médiatique, avide de secrets d’alcôve, rue dans les brancards. Trop visible, trop convenu, il faut trouver encore autre chose …

Proche de la « World Company » des Guignols, le mot que je préfère est le « lobby ». Le lobby est dévastateur dans l’imaginaire collectif. S’il est un mot qui devait toucher le Français au plus profond de ses peurs, c’est celui-ci. Lobby militaro-industriel, lobby juif, lobby pétrolier, lobby du tabac, lobby bancaire, agroalimentaire ou pharmaceutique. ..

La rhétorique du lobby, fer de lance du discours d’Attac, joue d’abord sur l’ignorance et le flou : personne ne peut en donner une définition exacte. Un lobby est un « groupement, organisation ou association défendant des intérêts financiers, politiques ou professionnels, en exerçant des pressions sur les milieux parlementaires ou des milieux influents, notamment les organes de presse », selon le Littré. Le mot « lobby » n’est pas synonyme de « complot », ni de « système », mais il le sous-entend. Ce qui le rend encore plus dangereux, car il est subliminal. Il frappe au cœur des fantasmes, sans le dire ; bref … il est vicieux car il avance masqué. Les pourfendeurs des lobbies manipulent plus que les lobbies eux-mêmes.

Tout lui est associé : des intérêts bassement matérialistes, des politiques pourris, des citoyens consommateurs au cœur d’une vaste manipulation mondiale. Argent, Etats-Unis, politique … tout ce que les Français abhorrent est condensé, comprimé dans la référence à ce mot de la peur. « Lobby » génère le soupçon, la présomption de culpabilité immédiate ; « il n’y a pas de fumée sans feu » ; diabolisé, il fait la lie du discours anticapitaliste, antiaméricain et antijuif premier degré. Expression d’une opinion, défense d’un intérêt légitime … tout le monde fait pourtant du lobbying, à condition de ne pas le dire. La démocratie y gagne-t-elle ?

Par Hypolite Brindavoine - Publié dans : Des Mots pour faire peur
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Vendredi 17 mars 2006 5 17 03 2006 12:21

La France semble être nouvellement atteinte d’un mal incurable : la rage du tout « gratuit ». Que vous traîniez dans les supermarchés, sur les journaux en ligne, aux abords des bouches de métro ou dans les syndicats d’initiative, tout est « gratuit ». Boulimiques, gavés comme des oies que nous sommes, le « gratuit » nous ouvre des possibilités encore inconnues de béatitude consumériste.

Quand je lis pourtant que Bouygues propose un « forfait gratuit pour le week-end », on me prend vraiment pour une cruche: la gratuité a un coût puisqu’à mon forfait 2 heures s’ajoutera un supplément substantiel pour palier ma fièvre téléphoneuse dominicale. Lorsque j’entend encore Raffarin annoncer en 2004 sur France Inter que 300 000 familles supplémentaires et leurs rejetons bénéficieront d'un accès gratuit aux soins dans le cadre de la réforme de l'assurance maladie, j’insiste : quand ce sont les impôts qui comblent le trou de la Sécu, faut-il forcément parler de gratuité ? « Un musée gratuit pour tous », lis-je encore sur le site de la mairie de Paris, suivi ailleurs de « Grippe : vaccins gratuits disponibles en pharmacie jusqu'au 31 décembre ». Je persiste et signe : est-ce Bill Gates le philanthrope qui va aller vacciner les Français, ou bien le service public qui va régler la note ?

« Gratuit » n’est, ni un contresens, ni un dérapage verbal, encore moins un abus de langage : c’est juste un beau mensonge. Gâtés pourris dans un pays où il fait bon être chômeur, retraité, grippé, chikungunyé et si possible en soins palliatifs, le mot « gratuit » nous berce inlassablement dans cette illusion douce qu’il n’y a pas de limites à nos caprices. Comment ensuite expliquer que les caisses sont vides quand le verni langagier nous laisse croire qu’il y en aura toujours pour tout le monde ? L’Etat a fini par devenir victime de ses bonnes intentions ; buffet retraites à volonté ! Open Bar sur l’assurance maladie ! Farandole de check-up hospitaliers ! Ah, j’oubliais : « le fric, on sait où il est », hein !

… et voilà comment le mot « gratuit », emblème d’un modèle de solidarité envié partout sur terre, est devenu le symbole le plus abouti de notre individualisme, de notre petitesse et de notre égoïsme.

Par Hypolite Brindavoine - Publié dans : Des mots pour faire l'autruche
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Dimanche 12 mars 2006 7 12 03 2006 10:23

Autant le Français attraperait une pervenche par le collet s’il la surprenait en flagrant délit de verbalisation de sa berline, autant il fait preuve d’une totale atonie au moment de faire valoir son droit le plus élémentaire de se rendre à son lieu travail. La continuité du service public a beau être un principe constitutionnel, 70 % des Français soutiennent les grèves, et les « usagers pris en otage » ne pèsent pas bien lourd dans la balance. Cette attitude crétine s’expliquerait peut-être à la lumière de l'usage d'un ovni de  notre encyclopédie : « Usager du service public ».

Le qualificatif « usager du service public » semble inférer que si d’aventure le conducteur venait à réclamer l'aplication des 32 heures en se ligotant aux roues de son bolide métropolitain, le voyageur n'a pas vraiment son mot à dire. En fait, par l’effet d’une formidable pirouette langagière, le vocabulaire administratif l'induit tout simplement dans l'erreur qu'il ne bénéficie pas du statut de « client ».

Le Français paie pourtant des impôts pour la bonne tenue du service public, en même temps qu’il s’acquitte d’une redevance exorbitante au titre de son coupon mensuel de carte orange. Pourquoi, donc, ne pas l’appeler « client », puisqu'il est un consommateur comme les autres protégé par le droit de la consommation? On imagine le respect immédiat qui lui serait ainsi dû. Tout le rapport de force s'en trouverait bouleversé, et l’on verrait la hot line de la RATP submergée de clients mécontents.

Un jour, le conducteur du métro prendra le micro et dira : « nous informons notre aimable clientèle qu’en raison de … » ou bien la régie lâchera des sublimes hôtesses tout sourire dans les couloirs qui diront: « en vue de mieux répondre à vos attentes, nous réalisons une enquête consommation », etc. Ce jour là, c'est certain, la France sera devenue réformable.

Par Hypolite Brindavoine - Publié dans : Des mots pour faire l'autruche
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Vendredi 10 mars 2006 5 10 03 2006 09:52

« Tantôt des vétilles nous font horreur, tantôt nous considérons des énormités avec indifférence », disait Mandeville dans sa Fable des abeilles. Le propos est particulièrement pertinent à la lumière du traitement de l'actualité par les médias: car en presse, la force des mots est souvent inversement proportionnelle à l'ampleur du drame rapporté. Moins il y a de morts, plus on s'emballe; et plus il y a d’hémoglobine, moins cela se sait. Sans préjuger de l'importance de chacun des drames mentionnés, admirons plutôt comment l'on parle de ...

« Frappe» chirurgicale contre l'abri Al Amiriya en Irak, bombardé par un bunker buster américain en 1991 : 400 femmes et enfants tués ; « horreur » judiciaire de la saga du petit village d’Outreau : zéro mort.

Gloups! Le décalage donne des frissons. Voilà tout une populace qui, passée au-travers du prisme déformant de la cosmétique langagière, en prend pour son grade.

« Crise » humanitaire  au Soudan : 2 millions de morts ; « Catastrophe » écologique de l’Erika: Zéro mort. L'inverse n'aurait-il pas été plus approprié ?

« Dommages » collatéraux durant la 1ère guerre du Golfe :100 000 à 200 000 morts ; « Barbarie » antisémite envers Ilan Halimi : 1 mort. Aux grands maux les petits mots !

... et même d'il ne s'agit que d'une métaphore, comparons le « séisme » politique du 21 avril (1 mort) avec la « secousse » sismique  enregistrée en février 2004 dans les régions d'Al Hoceima, Fès et Taza, au Maroc (82 morts) ...

« La mort d’un homme est une tragédie. La mort d’un million d’hommes est une statistique », disait Staline. A transposer libéralisme et transparence à la sphère médiatique, nous honorons paradoxalement sa mémoire tous les jours.

Par Hypolite Brindavoine - Publié dans : Des mots pour faire du bruit
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Mardi 7 mars 2006 2 07 03 2006 09:05

Les campagnes du PS en faveur de la hausse de la fiscalité en Ile de France ont le don de me tirer les larmes des yeux. J’ai découvert dans un tract rose que les socialistes n’appelaient plus les impôts « impôts », mais leur préféraient le terme plus politiquement correct et rassembleur d’« effort de solidarité ». « Transports, lycées, logements : pour poursuivre ces actions, la région doit faire appel à la fiscalité. (…). Cet effort de solidarité permettra à la région d’investir pour mieux répondre à vos attentes. »

Le piège avec cette dénomination subtile d’« effort de solidarité », c’est qu’à moins d’être un chien, il n’est pas humainement concevable de s’y opposer. Sauf à verser dans le darwinisme social le plus absolu, l'idée d’« effort de solidarité » est non seulement bien reçue ; j'ai surtout l’interdiction de lui opposer la moindre  contradiction. « Avec l’un des plus haut niveaux de prélèvements au monde et 10 % de chômeurs, n’est-il pas tant de trouver des solutions innovantes? » est la question sacrilège. A exprimer un désaccord à l’endroit de la hausse de l'impôt systématiquement rapprochée de la « solidarité », je prend le risque de rallier le camp des misanthropes ingrats, avares, radins, sans-cœur, impitoyables, mufles, grippe-sou, rats et chiches tant décriés par les pourfendeurs du lien social. J'ai beau payer tous les jours pour le retour du vaisseau fantôme Clémenceau, on continue à jouer, d'une façon presque subliminale, avec mon éternelle mauvaise conscience. « Si je suis contre l'effort de solidarité, suis-je donc vraiment contre l'humanité toute entière ? » est la question latente sous-tendue par la rhétorique sociale...

Si par malheur Saint Jean venait à exister, mieux vaudrait tout de même que j'exprime mes réserves à l’endroit du bouclier fiscal ... et quant à la suppression de l’ISF, ai-je envie de rempiler pour deux siècles de purgatoire ?

Par Hypolite Brindavoine - Publié dans : Des Mots pour faire peur
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Dimanche 5 mars 2006 7 05 03 2006 21:56

Chers Capharnaümnautes, la communauté des casseurs de Capharnaüm s'élargit, avec l'entrée dans le giron de la lutte verbale de la bien nommée Loulotte Poivrotte. Loulotte a tenu à nous faire part d'une ébauche de réflexion sur ...

De même que tout le monde « fait du social », tout le monde semble « faire de la culture » dans sa vie quotidienne. Pas étonnant lorsque l’on réalise que le concept de « culture » est né d’un autre plus large, celui de « civilisation ». Il englobait alors morale, société, systèmes de valeur, styles de vie. D’autres, humanistes notamment, dotaient l’accès à la culture d’une dimension intellectuelle, voire spirituelle.

La culture, aujourd’hui, semble être restée dans les esprits une sorte de mélange plus ou moins harmonieux de toutes ces références. Le terme évoque aujourd’hui un domaine incompris, injustifié, faussé par son côté toujours plus économique. L’art et la culture ne sont plus aussi authentiques qu’on voudrait encore le croire : requêtes décadentes des intermittents du spectacle, Parc Walt Disney à vocation rapidement « anti-culturelle », essor de lectures dérivées, mangas ou bandes dessinées divertissantes, succès doré incarné par le monde du show biz, etc. Le problème de définition semble alors tout autre : à quoi se limite donc la culture ? Quand peut-on dissocier la culture de la simple distraction ? On me condamnerait de dire qu’un jeu vidéo, ou qu’un parc d’attraction ne sont pas des biens ou sorties culturels… D’autres créateurs passionnés m’en voudraient d’oser affirmer le contraire…

Le domaine de la culture a été forcé à se développer trop vite, s’est vu donner un ministère, un large budget, de trop nombreux représentants, nationaux, régionaux, départementaux, communaux. Mais ce secteur avait-il réellement besoin d’être démocratisé pour exister ? Ne se suffisait-il pas à lui-même ? Les créations et projet artistiques et culturels se seraient-ils véritablement assoupis en cours de temps ?

Aujourd’hui la culture est règlementée comme n’importe quel autre secteur ; elle a clairement perdu de son authenticité. Et si parfois un film, un concert, une pièce de théâtre nous ont charmé au plus haut point, on serait bien déçu d’en connaître l’histoire, le clientélisme, l’origine de ses subventions, etc. : la culture doit tout d’abord rester ce à quoi chacun a choisi de s’intéresser, être une offre de créateurs convaincus plutôt que guidée par des intérêts purement mercantiles.

Quand à la bonne vieille définition de Cicéron « cultura anima est » (« la culture est l’âme de la philosophie »), n’y pensons même pas ! Qui donc réfléchira en regardant la première émission de télé réalité dégottée au zapping ?

La culture serait peut être finalement « ce qu’il reste quand on a tout oublié » comme le revendiquait Edouard Herriot, radical socialiste. Merci Edouard! Il semblerait qu’on t’ait un peu ignoré…

Par Loulotte Poivrotte - Publié dans : Humeurs
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