Why ?

Peut-on encore échapper au Capharnaüm

Hypolite B. ausculte les 100 mots qui fâchent...

Capharnaüm ?

Définition: Lieu où s'entasse un bric à brac d'objets divers

Synonymes: Bazar, bordel, bric-à-brac, confusion, désordre, encombrement, entassement, fourbi, méli-mélo, pêle-mêle, pagaille ...

Citation: "Les bureaux du « génitron » en fait de terrible désordre, de capharnaüm absolu, de pagaye totale, on pouvait pas voir beaucoup pire... (...) un méli-mélo tragique, tout crevassé, décortiqué, toute l'œuvre à Courtial était là, en vrac, en pyramides, jachère..."
(CÉLINE, Mort à crédit)

Histoire: Capharnaüm, ville située au bord du lac de Tibériade, où Jésus fut assailli par une foule hétéroclite de malades faisant appel à son pouvoir guérisseur

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Vendredi 24 février 2006

De toutes les incitations au cul qui dégoulinent des vitrines des kiosques à journaux, « l’astrosexe » est celle qui me laisse le plus embarrassé. Que ne fallait-il pas encore inventer pour succomber au péché de la chair ! Clara Morgane en string ? Complètement dépassé. Le journal du Hard ? Has been. Dorénavant, il ne faut jurer que par les « astro-positions coïtales de la femme balance » et « les meilleures positions sexuelles selon le signe du zodiaque de votre partenaire ». Dans le cas contraire, vous êtes passible d’opprobre éternel pour troubles à l’ordre cosmique

L’interdit sexuel que l’on croyait dépassé nous revient paradoxalement en plein dans la poire. L’ancien dogme religieux a dénoncé le cul hors mariage ; le nouveau dogme céleste préside dorénavant à la partouze sans fin. L’ironie de l’histoire est tristement exemplaire : chaste ou néophyte de la fellation parfaite, votre corps ne s’est toujours pas émancipé de la contrainte.

L’injonction à la liberté sexuelle se propage désormais dans les manchettes des magazines. « Foutez ! » semble être le mot phare qui dirige le monde – et tout le business qui va avec. « Dans la mesure où vous faîtes 1,80 mètre pour 65 kilos, que vous fréquentez trois boîtes de nuit échangistes, que vous couchez avec douze partenaires durant l’été et que vous avez trompé votre époux(se) par trois fois durant les six derniers mois, vous êtes libres ! », nous répète-t-on à l’envi. Mais sans le savoir, ce retournement de tendance nous a davantage cloîtré que nos ancêtres.

Pendant ce temps, je m’échine encore à trouver le lien de causalité entre mes chances de casser pour de bon les pattes arrières de ma charmante voisine de pallier et le positionnement de la galaxie du Centaure, située à 25 000 années lumières de ma cage d’escalier ! M’enfin … si vraiment, comme le dit mon astrosexe, je ne la choperai pas au Printemps, assurez-moi au moins que ce n’est pas parce que je suis un looser ?

Par Hypolite Brindavoine - Publié dans : Vocables préférés
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Mercredi 22 février 2006

Tout l’hexagone résonne en ce début d’année d’une nouvelle injonction censée être la clé du vivre-ensemble : « respect ». Il n’est pas un jour sans que l’on nous invite au respect: respect de la vie privée ; respect de l'environnement ; respect dû aux aînés ; Chirac et Villepin appellent au respect à propos des caricatures de Mahomet ; Villepin appelle au respect des droits de l'homme en Tchétchénie. Quant à l’association Ni putes ni soumises, elle milite pour une mixité basée sur le respect. Ajoutons-y le dernier film de Fabienne Godet, « Sauf le respect que je vous dois », et le nouveau magazine trimestriel Respect qui vient tout juste de sortir... Le respect, c’est le nouveau fonds de commerce des commerciaux et des politiques réunis.

Et pourtant, quel terme insupportable !

Respect : « sentiment qui incite à traiter quelqu’un avec égards, considération, en raison de son âge, de sa position sociale, de sa valeur ou de son mérite », selon le Littré. Ce mot révèle surtout à quel point nous sommes infichus de nous supporter les uns les autres … « Respect », ça a un côté accord a minima, vaguement hypocrite ; ça sent le traité de non-agression mutuelle, le dénominateur commun le plus faible sur lequel on puisse encore s’entendre avant de dégainer les Magnum 357. Ambiance dans les chaumières!

Entre trois flonflons et deux feux d’artifices, voici le discours du 14 juillet 2006 – son dernier, j’espère - que je voudrais entendre dans la bouche de Chirac :

« Mes chers compatriotes,

J'ai souvent proféré des tas de conneries, mais écoutez moi bien cette fois-ci: je sais que vous êtes à deux doigts de vous foutre les uns sur les autres, mais un petit effort, bon Dieu ! Je ne vous ai tout de même pas demandé de courtoisie les uns envers les autres, que je sache ! Pas même d’estime envers votre tuteur ; ni d’affection pour votre pauvre mère ; encore moins d’honneur envers les rescapés de la Grande guerre ; ne parlons pas de politesse envers le poulet du carrefour ; pas de compassion pour le clodo du quartier ; pas de révérence pour le rabbin du coin ; pas de vénération pour le Prophète ; pas d’amour pour le prochain ; même pas de dévouement pour la patrie ! Juste le minimum syndical - un peu de respect, bordel ! Allez, respectez votre prochain comme vous-mêmes autant que je respecte mes promesses de campagne ! Ensuite, vous pourrez vous caraméliser la poire au buffet illusoire de la fraternité...

Vive la République! Vive la France! »

Par Hypolite Brindavoine - Publié dans : Des mots pour faire du vent
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Samedi 18 février 2006

A en croire le nombre de calamités naturelles qui déferlent dans les colonnes des journaux, la France doit se situer, à l’insu même des sismologues, aux confins des plaques eurasiennes, africaines et arabiques réunies. J’envie le Japon et ses minables secousses hebdomadaires ; encore plus les Hawaïens, leurs volcans et les misérables fumeroles qui vont avec … non ! Avec tous ces séismes sociaux qui nous secouent, les vrais soldats du feu restent les Français. Dans l’hexagone, l’échelle de Richter est largement obsolète. De l’Elysée à Matignon, en passant par la moindre permanence d’un député de rase campagne, tous les bâtiments sont construits selon les techniques antisismiques les plus élaborées. De sorte que l’on puisse résister à ce qu’il est désormais convenu d’appeler, ni les ronronnements de la « France d’en haut » ; ni les grondements de la « France d’en bas » ; mais « les tremblements de la France du sous-sol ».

A en croire nos analystes politiques, le 21 avril ne serait rien de moins qu’un « tremblement de terre politique » ; Outreau ? Un « séisme judiciaire ». Voilà donc ce qu’en dirait la France « Eundeurgrounde ».

N’y a-t-il pas pourtant ici une erreur de diagnostic ?

Je m’amuse toujours à entendre nos politiques confier que les Français sont parfaitement imprévisibles. La faute au mot « séisme », peut-être… La référence à ce terme paraît entendue : il s’agit d’insister sur l’impact majeur de l’évènement, l’ampleur de l’onde de choc. Mais cela prête également le flan à une sorte d’irresponsabilité collective. Que peut-on bien faire face à un séisme ? Et pouvait-on le prévoir ? La qualification apparaît dès lors aussi innocente que perverse. Aussi bien intentionnée que sournoise. Paresse aidant, nous filons tout droit vers le prochain « séisme ». Je mets mon flair sismographique à rude épreuve : que dirions-nous d‘un prochain séisme en mai 2007 ?

Par Hypolite Brindavoine - Publié dans : Des mots pour faire l'autruche
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Jeudi 16 février 2006

Il y a une espèce de propension à la fanfaronnade dans le milieu du football qui n’a pas finie de me laisser perplexe. Pourquoi, à chaque fois qu’un pauvre sous-fifre parcourt trente mètres derrière un ballon, drible deux défenseurs et balance son projectile entre trois mailles de filets, il faut absolument crier à l’« exploit » ?

« C’est Hadji, sur un exploit personnel, qui va libérer les Lions de l’Atlas. Il contrôle et accélère côté gauche pour glisser le ballon sous le gardien algérien », dixit Afrik à propos de la victoire du Maroc en demi-finales de la coupe d’Afrique des Nations.

Non, mais pour qui il se prend, ce péteux de service ? Pour le nouvel Achille des temps modernes ? L’agence Reuters en remet une couche vendredi dernier : « Le Racing Club de Lens recherchera l’exploit samedi face à Lyon afin de se relancer dans la lutte aux places européennes ». Mais qu’est-ce qu’ils ont, ces tiers-héros, à se prendre pour les réincarnations d’Ulysse ?

« Exploit », qui s’entend généralement d’une « action d'éclat, courageuse, héroïque accomplie à la guerre », peut désormais qualifier un pauvre coup d’escarpin, immédiatement suivi d’une partouze devant 40 000 spectateur! Et c’est ainsi que l’on assiste au retour de l’exploit pour tout et pour rien. Une dégénérescence de la langue française qui va de pair avec la bulle hyperspéculative des « héros », nouvelle race tout aussi hybride qu’éphémère et qui se reproduit plus vite qu’une colonie de criquets.

Qu’il est loin, le temps de l’aéropostale où les aviateurs français acheminaient le courrier entre Paris et Santiago à bord de leur Potez ! Et la première ascension de l’Himalaya le 29 mai 1953 par Edmund Hillary et le sherpa Tensing Norgay ? Que dire enfin des pompiers new-yorkais dans les tours enflammées du World Trade Center ? Voilà que l’on doit se taper, sans broncher, ces nouveaux imposteurs de la gloire, le tout sur l’autel de l’introuvable cohésion nationale. Par un magnifique effet de levier médiatique, les nouveaux tartufes s’affichent comme les hommes préférés des Français, voire même les symboles contemporains de la réussite sociale et personnelle.

Triste monde, où allons-nous ?

Par Hypolite Brindavoine - Publié dans : Vocables préférés
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Mardi 14 février 2006
CNN, repris dans "Le Monde" du 6 février.

Blasphème, que de crimes commis en ton nom ! Ayant refusé de se découvrir au passage d'une procession religieuse, le chevalier de La Barre (1747-1766) fut condamné à avoir la langue arrachée et à être brûlé vif. Le Parlement de Paris commua sa peine en décapitation et Voltaire fit de ce crime le symbole de l'intolérance religieuse. Le terme blasphème vient du grec blaptein (nuire) et phémè (réputation). Blasphémer, c'est prononcer une parole injurieuse contre Dieu. Est blasphémateur celui qui maudit le nom de Dieu, ou l'invoque pour mentir, ou prononce en vain son nom. Les juifs ne prononcent jamais le nom de Dieu. Et, par superstition, le mot "bleu" a remplacé Dieu dans les jurons comme "parbleu", "morbleu" "palsambleu". Par extension, le mot blasphème désigne toute forme d'impiété ou d'irréligion. La Loi du peuple juif punit de mort le blasphème (Lévitique). Jésus, "Fils de Dieu", est condamné pour cette faute. L'Eglise, quant à elle, l'a punie longtemps de mutilations corporelles. La Révolution française met fin à la législation faisant du blasphème un délit. En terre d'islam, on a aussi puni des blasphémateurs (mujaddif), dont la figure emblématique est le mystique Al-Hallaj, pendu à Bagdad en 922. La loi islamique n'inclut pourtant pas cette notion. Au Pakistan, la dernière loi au monde sanctionnant le blasphème est un héritage de... l'époque coloniale britannique !

Henri Tincq

Par Hypolite Brindavoine - Publié dans : Des Mots pour faire peur
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Lundi 13 février 2006

Faire de la communication en politique, c’est avant tout savoir s’adresser au paysan qui sommeille en chacun de nous. A chaque annonce, il faut que le Français puisse presque entendre les cigales du midi, humer l’odeur d’un Saint-Nectaire et s’imaginer le plateau du Larzac envahi de bonnes grosses Charentaises. Face à une réforme qui promet son lot de lutte contre le Grand Satan américain, d’invasion de colonies de maçons lettons et de rassemblements de tous les peuples de gauche contre la mondialisation, voici une règle d’or : garantir que tout est « nature », « bio », « authentique » et « fait maison » - bref … « à la française ».

Comme la bienséance socialo-trotskiste commande de beugler que les remèdes anglo-saxons ne sont pas « transposables » à notre pays, tout est dès lors relevé sauce « à la française ». Voilà pour la valeur ajoutée. La « class action » n’est point une copie conforme du modèle américain : c’est une « class action … à la française » ( La Tribune , 17/10/02). Les fonds de pension ? Une bonne idée, pour autant qu’il s’agisse de « fonds de pension … à la française » (L'Expansion, 21/04/2004) ; la discrimination positive n’est inacceptable en l’état, sauf si Sarkozy nous promet une « discrimination positive … à la française ».

Vous ne saisissez pas la nuance ? Peu importe ! Retenez seulement que l’on-peut-faire-comme-les-américains-mais-sans-faire-comme-les-américains. Est-ce clair ?

On vantera dès lors le « capitalisme à la française » pour ne fâcher ni les patrons, ni les syndicats ; on parlera de primaires « à la française » afin de contenter les électeurs du PS en délicatesse avec les Etats-Unis ; la pilule passera plus facilement si l’on évoque également le « whistleblowing à la française » ; on louera enfin les merveilles du Chapitre XI « à la française » parce que si le PDG en banqueroute apprenait que nous n’avons rien changé à toutes ces procédures crées pour sauver son entreprise, il serait chiche de crier au scandale ! La nouvelle chaîne internationale ? Comparons-là à CNN … mais « à la française » ! A cette petite différence près qu’elle sera dotée d’un budget annuel de 65 millions d'Euros, quand la « vraie » CNN survit modestement avec … 550 millions de Dollars.

J’ignore tout de la situation politique italienne, mais j’imagine Berlusconi avec tous les machos dans la rue. Hé ! Silvio, si tu veux leur imposer les fonds de pension, tu leur dis : « La capitalisation individuelle ? Mais c’est Maman qui l’a préparée en cuisines ! »

Par Hypolite Brindavoine - Publié dans : Vocables préférés
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Samedi 11 février 2006

On y est presque ! A ce stade de la démonstration, la comédie atteint son paroxysme et approche un dénouement franchement tragi-comique: je veux parler, bien sûr, de l’irruption soudaine des « coins » dans ce qu’il restait encore d’espaces vierges de dictature mammifère.

On savait l’organisme constitué de cellules ; la matière composée d’atomes ; eux-mêmes formés de protons et de neutrons. Ce qu’on ignorait encore, c’est que le tout se sous-sous-sous-divisait à nouveau en la plus petite dénomination mathématico-statistico-physico-économique de l’univers : les « coins ».

Le « coin » est l'unité de base du vivant, chers amis ; l’élément structural et fonctionnel constituant l’univers. Aucun délice de l’existence ne peut se goûter à l’abri d’un coin de monde. Et ça encore, croyez-le ou pas, ça banque « grave » …

On ne le réalise jamais, et puis quand on met le doigt dessus, on frise la fixette obsessionnelle : « Coin des juniors, coin des petits, coin des poètes, coin jardin, coin BD, coin des gourmets, des passionnés, des experts, des débutants, des filles, des adhérents, des abonnés, des historiens, des éditeurs ou des instits » … Aucune catégorie de la population qui n’ait son espace d’épanouissement par le jeu de l’identification tribale et consumériste.

Voilà. Plus de passé ; plus de futur ; plus d’horizon indépassable pour toute espérance, plus de grands espaces de réalisation de soi; mon quotidien ne semble être que l’infinie superposition de microcosmes factices - « espaces », « coins » « côtés », « minutes » - qui se font la guerre sur le théâtre de l’existence. C’est comme si mon rapport à l’espace-temps s’était considérablement rétréci, amenuisé, au point de perdre tout son sens. Dans une certaine mesure, c’est ce que j’appelle la perte des valeurs.

Par Hypolite Brindavoine - Publié dans : Des mots pour faire des thunes
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Vendredi 10 février 2006

Foin des « espaces » et autres « côtés », il fallait que l’on nous brouille un peu plus l’horizon avec les fameuses « minutes ». Le temps étant de l’argent, la « minute » est encore de loin ce qui pale le plus par les temps qui courent. Je ne parle pas seulement de la minute de pub qui rapporte bien 70 000 Euros de royalties juste avant Nathalie Riouhet. Je parle des minutes de temps attentatoires à la dignité humaine ; ces parenthèses de temps où tout fait place à l’exposé des motifs commerciaux.

Je me revois assez bien abruti par le tourbillon de ces 1440 images qui claquent comme les 10 commandements modernes : la « minute blonde » sur Canal +, l’émission « la minute tuning », le concours de création vidéo « Une minute 2006 », la « minute fraîcheur », la « minute détente », la « minute d’humour » … toutes ces minutes de temps « soustractionnelles » à la vie paisible m’épuisent. Plus de passé ; encore moins de futur. Je suis peut-être censé réaliser ma condition absolue d’être humain là, à ce moment précis où plus rien d’autre ne compte, sinon l’asservissement à la dictature du canapé-télé-maté-pâtée de la fourchette stratégique 19h-21h.« 120 minutes de bonheur », c’est ça ?

Un petit dernier pour le week-end : la conjuration des « coins »...

Par Hypolite Brindavoine - Publié dans : Des mots pour faire des thunes
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Mercredi 8 février 2006

A peine les « espaces » délaissés, votre furie consommatrice vous empêtre inévitablement – et malgré vous - sur les « côtés ». Croyez-moi, ça banque à fond sur les côtés ! Ce doivent être ces génies du marketing qui se sont dit un beau jour : « si on envoyait nos nombrilistes de consommateurs se faire foutre sur les côtés, on multiplierait notre indice par trois ! » Et ça marche ! Pour cette conspiration ourdie jusque dans les plus hautes sphères du pouvoir économique-mais-non-économe, je n’ai qu’un mot : Capharnaüm !

Plongez-vous donc dans les magazines « Côté Sud », « Bricoler Côté Maison » ou « Côté nature », allez vous organiser un blind date foireux sur le site de rencontres « Côté Amour », remontez-vous en groupe contre ces connards de machos dans l’association anti-sexiste « du Côté des filles », allez pêcher des conseils de cul dans les rubriques « Côté cœur », et achetez vos crèmes aux extraits mortifères de queue de licorne sur le site de vente en ligne de cosmétiques « Côté nature »

L’égocentrisme n’existe plus : l’individu Roi est mort et enterré ! Non, vous n’êtes plus le centre du monde. Pour avoir une existence à tout le moins économique et statistique, vous devez être sur la touche – je veux dire sur le « côté ». Et là je dis : plus de grands espaces, ni de noyau central en ce bas monde … il ne manque plus que la manipulation des « Minutes » ! (A très vite)

Par Hypolite Brindavoine - Publié dans : Des mots pour faire des thunes
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Lundi 6 février 2006

Si vous avez cette étrange impression de vous sentir de plus en plus à l’étroit, je tiens peut-être une explication : c’est parce que le business est désormais parvenu à métamorphoser le moindre de vos gigotements en actes générateurs de pépètes.  Pour cela, il a fallu redonner tout son sens au concept d’ « espace » : jeuns’ ou vieilli, bronzé ou tout fripé, Golden Boy ou Rmiste endurci, adepte du Yoga-zen ou en nette surcharge pondérale, l’homme-caméléon que vous êtes trouve dorénavant toujours « espace » à son pied…

Pour être pécuniairement « in », je papillonne délicieusement d’espaces en espaces : le moindre de mes caprices matérialiste a désormais son théâtre d’épanouissement. Besoin d’un petit cigare ? L’« espace fumeur » dans les aéroports - je veux parler des quatre misérables vitres d’aquarium derrière lesquelles on me regarde comme un des derniers spécimens de cétacés de l’ère jurassique – me tend les bras ; je vais ensuite me vautrer dans l’« espace gourmand » à la page 17 des magazines féminins s’il me prend une soudaine envie d’artichauts à la crème fouettée. Besoin d’évasion ? Je me précipite dans l’« espace Liberté » pour la gestion par le Crédit Agricole de mon contrat d’assurance-vie. Une envie de finesse dans un monde de brutes ? Refuge obligé dans l’« espace détente », devant le distributeur de boissons de ma fac pourrie - ce qui sous-entendrait qu’à plus de 10 mètres de rayon du bidule, les risques de crise d’apoplexie sont systématiquement multipliés par trois.

« Espace » par-ci, « espace » par-là … Voici venu le découpage marketing de l’univers ! Rien ne sert de casser du sucre sur les nouveaux néo-conservateurs communautaristes, les professionnels de la communication s’occupent de tout … Et en douceur ! Les « Espaces annonceurs » sur les sites de location de vacances le disputent aux « espaces culturel » et « émotion » dans les supermarchés Leclerc (sic). Les « espaces client » pour les abonnés du journal Les Echos bataillent en rangs serrés face aux « espaces adhérents » de la FNAC et aux « Espaces professionnels et entreprises » à l’Apple Expo … Avant  que je n’en vienne à la « conspiration des Côtés » je voudrais savoir : à quand le retour des « grands espaces » ?

Par Hypolite Brindavoine - Publié dans : Des mots pour faire des thunes
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Capharnaümnautes

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