Why ?

Peut-on encore échapper au Capharnaüm

Hypolite B. ausculte les 100 mots qui fâchent...

Capharnaüm ?

Définition: Lieu où s'entasse un bric à brac d'objets divers

Synonymes: Bazar, bordel, bric-à-brac, confusion, désordre, encombrement, entassement, fourbi, méli-mélo, pêle-mêle, pagaille ...

Citation: "Les bureaux du « génitron » en fait de terrible désordre, de capharnaüm absolu, de pagaye totale, on pouvait pas voir beaucoup pire... (...) un méli-mélo tragique, tout crevassé, décortiqué, toute l'œuvre à Courtial était là, en vrac, en pyramides, jachère..."
(CÉLINE, Mort à crédit)

Histoire: Capharnaüm, ville située au bord du lac de Tibériade, où Jésus fut assailli par une foule hétéroclite de malades faisant appel à son pouvoir guérisseur

Samedi 11 février 2006 6 11 02 2006 13:21

On y est presque ! A ce stade de la démonstration, la comédie atteint son paroxysme et approche un dénouement franchement tragi-comique: je veux parler, bien sûr, de l’irruption soudaine des « coins » dans ce qu’il restait encore d’espaces vierges de dictature mammifère.

On savait l’organisme constitué de cellules ; la matière composée d’atomes ; eux-mêmes formés de protons et de neutrons. Ce qu’on ignorait encore, c’est que le tout se sous-sous-sous-divisait à nouveau en la plus petite dénomination mathématico-statistico-physico-économique de l’univers : les « coins ».

Le « coin » est l'unité de base du vivant, chers amis ; l’élément structural et fonctionnel constituant l’univers. Aucun délice de l’existence ne peut se goûter à l’abri d’un coin de monde. Et ça encore, croyez-le ou pas, ça banque « grave » …

On ne le réalise jamais, et puis quand on met le doigt dessus, on frise la fixette obsessionnelle : « Coin des juniors, coin des petits, coin des poètes, coin jardin, coin BD, coin des gourmets, des passionnés, des experts, des débutants, des filles, des adhérents, des abonnés, des historiens, des éditeurs ou des instits » … Aucune catégorie de la population qui n’ait son espace d’épanouissement par le jeu de l’identification tribale et consumériste.

Voilà. Plus de passé ; plus de futur ; plus d’horizon indépassable pour toute espérance, plus de grands espaces de réalisation de soi; mon quotidien ne semble être que l’infinie superposition de microcosmes factices - « espaces », « coins » « côtés », « minutes » - qui se font la guerre sur le théâtre de l’existence. C’est comme si mon rapport à l’espace-temps s’était considérablement rétréci, amenuisé, au point de perdre tout son sens. Dans une certaine mesure, c’est ce que j’appelle la perte des valeurs.

Par Hypolite Brindavoine - Publié dans : Des mots pour faire des thunes
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