Why ?

Peut-on encore échapper au Capharnaüm

Hypolite B. ausculte les 100 mots qui fâchent...

Capharnaüm ?

Définition: Lieu où s'entasse un bric à brac d'objets divers

Synonymes: Bazar, bordel, bric-à-brac, confusion, désordre, encombrement, entassement, fourbi, méli-mélo, pêle-mêle, pagaille ...

Citation: "Les bureaux du « génitron » en fait de terrible désordre, de capharnaüm absolu, de pagaye totale, on pouvait pas voir beaucoup pire... (...) un méli-mélo tragique, tout crevassé, décortiqué, toute l'œuvre à Courtial était là, en vrac, en pyramides, jachère..."
(CÉLINE, Mort à crédit)

Histoire: Capharnaüm, ville située au bord du lac de Tibériade, où Jésus fut assailli par une foule hétéroclite de malades faisant appel à son pouvoir guérisseur

Jeudi 16 février 2006 4 16 02 2006 14:04

Il y a une espèce de propension à la fanfaronnade dans le milieu du football qui n’a pas finie de me laisser perplexe. Pourquoi, à chaque fois qu’un pauvre sous-fifre parcourt trente mètres derrière un ballon, drible deux défenseurs et balance son projectile entre trois mailles de filets, il faut absolument crier à l’« exploit » ?

« C’est Hadji, sur un exploit personnel, qui va libérer les Lions de l’Atlas. Il contrôle et accélère côté gauche pour glisser le ballon sous le gardien algérien », dixit Afrik à propos de la victoire du Maroc en demi-finales de la coupe d’Afrique des Nations.

Non, mais pour qui il se prend, ce péteux de service ? Pour le nouvel Achille des temps modernes ? L’agence Reuters en remet une couche vendredi dernier : « Le Racing Club de Lens recherchera l’exploit samedi face à Lyon afin de se relancer dans la lutte aux places européennes ». Mais qu’est-ce qu’ils ont, ces tiers-héros, à se prendre pour les réincarnations d’Ulysse ?

« Exploit », qui s’entend généralement d’une « action d'éclat, courageuse, héroïque accomplie à la guerre », peut désormais qualifier un pauvre coup d’escarpin, immédiatement suivi d’une partouze devant 40 000 spectateur! Et c’est ainsi que l’on assiste au retour de l’exploit pour tout et pour rien. Une dégénérescence de la langue française qui va de pair avec la bulle hyperspéculative des « héros », nouvelle race tout aussi hybride qu’éphémère et qui se reproduit plus vite qu’une colonie de criquets.

Qu’il est loin, le temps de l’aéropostale où les aviateurs français acheminaient le courrier entre Paris et Santiago à bord de leur Potez ! Et la première ascension de l’Himalaya le 29 mai 1953 par Edmund Hillary et le sherpa Tensing Norgay ? Que dire enfin des pompiers new-yorkais dans les tours enflammées du World Trade Center ? Voilà que l’on doit se taper, sans broncher, ces nouveaux imposteurs de la gloire, le tout sur l’autel de l’introuvable cohésion nationale. Par un magnifique effet de levier médiatique, les nouveaux tartufes s’affichent comme les hommes préférés des Français, voire même les symboles contemporains de la réussite sociale et personnelle.

Triste monde, où allons-nous ?

Par Hypolite Brindavoine - Publié dans : Vocables préférés
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