Why ?

Peut-on encore échapper au Capharnaüm

Hypolite B. ausculte les 100 mots qui fâchent...

Capharnaüm ?

Définition: Lieu où s'entasse un bric à brac d'objets divers

Synonymes: Bazar, bordel, bric-à-brac, confusion, désordre, encombrement, entassement, fourbi, méli-mélo, pêle-mêle, pagaille ...

Citation: "Les bureaux du « génitron » en fait de terrible désordre, de capharnaüm absolu, de pagaye totale, on pouvait pas voir beaucoup pire... (...) un méli-mélo tragique, tout crevassé, décortiqué, toute l'œuvre à Courtial était là, en vrac, en pyramides, jachère..."
(CÉLINE, Mort à crédit)

Histoire: Capharnaüm, ville située au bord du lac de Tibériade, où Jésus fut assailli par une foule hétéroclite de malades faisant appel à son pouvoir guérisseur

Vendredi 17 mars 2006 5 17 /03 /2006 12:21

La France semble être nouvellement atteinte d’un mal incurable : la rage du tout « gratuit ». Que vous traîniez dans les supermarchés, sur les journaux en ligne, aux abords des bouches de métro ou dans les syndicats d’initiative, tout est « gratuit ». Boulimiques, gavés comme des oies que nous sommes, le « gratuit » nous ouvre des possibilités encore inconnues de béatitude consumériste.

Quand je lis pourtant que Bouygues propose un « forfait gratuit pour le week-end », on me prend vraiment pour une cruche: la gratuité a un coût puisqu’à mon forfait 2 heures s’ajoutera un supplément substantiel pour palier ma fièvre téléphoneuse dominicale. Lorsque j’entend encore Raffarin annoncer en 2004 sur France Inter que 300 000 familles supplémentaires et leurs rejetons bénéficieront d'un accès gratuit aux soins dans le cadre de la réforme de l'assurance maladie, j’insiste : quand ce sont les impôts qui comblent le trou de la Sécu, faut-il forcément parler de gratuité ? « Un musée gratuit pour tous », lis-je encore sur le site de la mairie de Paris, suivi ailleurs de « Grippe : vaccins gratuits disponibles en pharmacie jusqu'au 31 décembre ». Je persiste et signe : est-ce Bill Gates le philanthrope qui va aller vacciner les Français, ou bien le service public qui va régler la note ?

« Gratuit » n’est, ni un contresens, ni un dérapage verbal, encore moins un abus de langage : c’est juste un beau mensonge. Gâtés pourris dans un pays où il fait bon être chômeur, retraité, grippé, chikungunyé et si possible en soins palliatifs, le mot « gratuit » nous berce inlassablement dans cette illusion douce qu’il n’y a pas de limites à nos caprices. Comment ensuite expliquer que les caisses sont vides quand le verni langagier nous laisse croire qu’il y en aura toujours pour tout le monde ? L’Etat a fini par devenir victime de ses bonnes intentions ; buffet retraites à volonté ! Open Bar sur l’assurance maladie ! Farandole de check-up hospitaliers ! Ah, j’oubliais : « le fric, on sait où il est », hein !

… et voilà comment le mot « gratuit », emblème d’un modèle de solidarité envié partout sur terre, est devenu le symbole le plus abouti de notre individualisme, de notre petitesse et de notre égoïsme.

Par Hypolite Brindavoine - Publié dans : Des mots pour faire l'autruche
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