Why ?

Peut-on encore échapper au Capharnaüm

Hypolite B. ausculte les 100 mots qui fâchent...

Capharnaüm ?

Définition: Lieu où s'entasse un bric à brac d'objets divers

Synonymes: Bazar, bordel, bric-à-brac, confusion, désordre, encombrement, entassement, fourbi, méli-mélo, pêle-mêle, pagaille ...

Citation: "Les bureaux du « génitron » en fait de terrible désordre, de capharnaüm absolu, de pagaye totale, on pouvait pas voir beaucoup pire... (...) un méli-mélo tragique, tout crevassé, décortiqué, toute l'œuvre à Courtial était là, en vrac, en pyramides, jachère..."
(CÉLINE, Mort à crédit)

Histoire: Capharnaüm, ville située au bord du lac de Tibériade, où Jésus fut assailli par une foule hétéroclite de malades faisant appel à son pouvoir guérisseur

Lundi 24 avril 2006 1 24 04 2006 00:27

Chacun sait que la meilleure façon de prédire le temps du lendemain consiste à lire le bulletin météo à l’envers. Qui n’a jamais couru sortir son imper à l’annonce du « beau temps sur tout le bassin parisien » ? A sa manière, ma femme de ménage s’accouda un jour à son balai en fixant dubitativement une photo satellite de l’hexagone, et s’exclama : « Hum ! Entre ce qu’ils disent et ce qu’ils font ! »

Tristement, c’est de la même manière que l’on procède à propos de la « cohésion sociale ». Plus on nous la rabâche, plus le chômage grimpe ; à mesure qu’on l’invoque, les files aux soupes populaires grossissent. De là à affirmer que son emploi est inversement symétrique … au manque de cohésion sociale, il n’y a qu’un pas. A avoir été vidée de sa signification, la variable « sociale » agit depuis sur moi comme un épouvantail aussi puissant que le déjà diabolique « capital ».

Même le marchand de sable doit crever de jalousie en se goinfrant de notre pensée unique de la tendresse et de la charité. La « cohésion sociale » donne une subite envie de se transformer en Flanbi géant et de passer le clair de ses journées à ruminer en regardant passer le train de la mondialisation. Outre un « Ministère de l'emploi, de la cohésion sociale et du logement », on nous gratifie d’un « plan de cohésion sociale » et autre « projet de loi de programmation pour la cohésion sociale » signés Borloo ; Catherine Vautrin, « ministre déléguée à la cohésion sociale et à la Parité », n'a qu'à bien se tenir face au « Comité européen pour la cohésion sociale » du conseil de l’Europe ; le département des Hauts-de-Seine, qui a mis en place une « Mission Ville et Cohésion Sociale » ne perd rien pour attendre : Villepin, qui aime à exalter la « croissance sociale », a créé à l’article 16 de la loi sur l’égalité des chances « l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances ». Voilà le piteux paysage du socialement correct dans notre pays-qui-fait-de-moins-en-moins-de-social. Et voilà encore comment, après tous ces mots-placebos, nous tournoyons encore à 10% de chômeurs - quand les américains en comptent moitié moins sans faire, c’est le moins que l’on puisse dire, de fixette exagérée sur le « Welfare state »

A cette maladie de l’acoustique, je vois deux issues possibles : soit on se prend à rêver du jour où tout le gratin politique s’accordera pour « faire tapis » et refonder les mots du vivre ensemble, voire même à les rayer du dictionnaire; soit on continue de les vider de leur substance, et je prédis qu’en 2084, la novlangue aura conquis tous les méta-territoires de l'expression publique et les mots de l'altruisme, épuisés, ne seront même plus le préalable à l’action. Que nous restera-t-il alors, sinon la pitoyable alternative de la grève de la faim - lorsque le politique s'abaisse au rang du sans papier - pour s'opposer aux délocalisations ?

Par Hypolite Brindavoine - Publié dans : Des mots pour faire du vent
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Commentaires

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Commentaire n°1 posté par referencement le 24/04/2006 à 22h57
On peut pas te laisser tout seul une semaine... hum hum... sans que tes stats de com passe en dessous des 0,05 (tient!!! c'est le montant de mon augmentation!).

Entièrement d'accord avec toi à un ou deux bémols près... Le premier, c'est le nombre de gens qui profitent du système, ici pas de langues de bois, nous en connaissons tous. Le deuxième, c'est que l'éducation nationale ne fait pas son boulot et n'implique pas assez tôt les jeunes dans la vie active. Combien de gamins se retrouve à faire de longues études car il ne savent pas quoi faire de leurs vies?

Il ya des zones géographiques en France où il y a du boulot, un exemple concret dans le village de mes grand-parents où un papy de  75 printemps a été obligé de mettre la clef sous la porte car il ne trouvait personne pour reprendre son affaire pourtant très prospère(youplaboum! désolé, j'ai pas résisté!).

Combien de commerces, métiers d'art, cabinet médicaux vont disparaître par manque d'informations?

On critique souvent les taux de chômages, mais nous devrions, à mon goût, hurler "au sabotage" de voir disparaître la vie de nos campagnes. Qu'est-ce qu'il y a de plus social qu'une boulangerie, un petit commerce de proximité, un petit bar nommé "bar des amis"  où les séniors pouvaient taper le carton!

Bref, j'espère que c'était clair, mais un sujet aussi vaste ne peut pas se résumer en quelques lignes...

@+
Commentaire n°2 posté par siyadurocksava le 25/04/2006 à 08h25

Capharnaümnautes

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