Why ?

Peut-on encore échapper au Capharnaüm

Hypolite B. ausculte les 100 mots qui fâchent...

Capharnaüm ?

Définition: Lieu où s'entasse un bric à brac d'objets divers

Synonymes: Bazar, bordel, bric-à-brac, confusion, désordre, encombrement, entassement, fourbi, méli-mélo, pêle-mêle, pagaille ...

Citation: "Les bureaux du « génitron » en fait de terrible désordre, de capharnaüm absolu, de pagaye totale, on pouvait pas voir beaucoup pire... (...) un méli-mélo tragique, tout crevassé, décortiqué, toute l'œuvre à Courtial était là, en vrac, en pyramides, jachère..."
(CÉLINE, Mort à crédit)

Histoire: Capharnaüm, ville située au bord du lac de Tibériade, où Jésus fut assailli par une foule hétéroclite de malades faisant appel à son pouvoir guérisseur

Mardi 11 juillet 2006 2 11 07 2006 14:35

L’expression « révolution conservatrice » fiche le vertige. De deux choses l’une : soit on est révolutionnaire - et donc pas conservateur ; soit on est un conservateur et l’on n’est donc pas un révolutionnaire. Se dit révolutionnaire quelqu’un « qui bouleverse les principes établis ; qui tend à transformer des modes de pensée, d'action, des procédés de fabrication ». N’est-il pas question de changement, d’avancées et non de statu quo ? L’expression insinue pourtant que le conservatisme est en réalité un progressisme, ce qui est a priori paradoxal si l’on s’en tient à la définition du conservateur : « personne dont l'état d'esprit tend à conserver les traditions, l'ordre établi ». D’où l’apparition imminente, dans notre charabia moderne de la « conservation révolutionnaire », agréable synonyme de «  révolution conservatrice » par le simple truchement des deux mots. Un délit d’atteinte aux conventions langagières sera dénoncé pour évocation du « modernisme réactionnaire » pourfendu par les « traditionalistes up to date » et les « clampins dernier cri ». On en perdrait son latin.

Tout ceci n’est encore rien si l’expression de départ ne suggérait pas a contrario que les révolutionnaires et apparentés ne sont en fait qu’une bande de fieffés conservateurs. Bienvenue, donc, dans le monde étrange des « progressistes attardés », des « réformateurs primitifs » prônant avec force conviction la « révolution du statu quo », tenant les banquets du « bouleversement immobile », à la tête du parti de « l’innovation bien-pensante ». C’est au choix et à la carte. Avec 2 aspirines mille si possible et 3 suppositoires pour faire baisser la fièvre.

Vous ne savez toujours pas pour qui voter ? Ceci ne devrait pas vous aider : « progrès social » versus « progrès économique », « régression économique » contre « régression sociale », « archaïsme » gauchiste face au « néo-conservatisme » droitier… nul ne sait bien qui sont les anciens et les modernes dans tout ce fouillis. Les boussoles idéologiques ont été désorientées par la bastonnade des mots. Le terme « révolution conservatrice » n’est, lui, que l’arbre qui révèle la forêt. L’expression qui en dit long sur toutes les autres.

Par Hypolite Brindavoine - Publié dans : Des mots pour faire du bruit
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