Why ?

Peut-on encore échapper au Capharnaüm

Hypolite B. ausculte les 100 mots qui fâchent...

Capharnaüm ?

Définition: Lieu où s'entasse un bric à brac d'objets divers

Synonymes: Bazar, bordel, bric-à-brac, confusion, désordre, encombrement, entassement, fourbi, méli-mélo, pêle-mêle, pagaille ...

Citation: "Les bureaux du « génitron » en fait de terrible désordre, de capharnaüm absolu, de pagaye totale, on pouvait pas voir beaucoup pire... (...) un méli-mélo tragique, tout crevassé, décortiqué, toute l'œuvre à Courtial était là, en vrac, en pyramides, jachère..."
(CÉLINE, Mort à crédit)

Histoire: Capharnaüm, ville située au bord du lac de Tibériade, où Jésus fut assailli par une foule hétéroclite de malades faisant appel à son pouvoir guérisseur

Mardi 25 juillet 2006 2 25 07 2006 12:14

Je suggère que nous réhabilitions le mot « devoir », auquel la nation ne fait presque plus référence. Quelques subsides de devoir militaire, certaines habitudes électorales qui passent plus pour un acquis qu’une responsabilité, un devoir de mémoire, peut-être, lorsque les livres d’histoire font débat… Tout au plus fait-on référence, aux articles 212 et suivants du code civil, au « devoir conjugal » - ce qui, cela peut se justifier, est amplement suffisant.

En revanche, le mot « droit » monopolise tout nos textes fondateurs. La Déclaration des « droits de l'homme et du citoyen » de 1789, bien sûr, qui évoque les « droits naturels, inaliénables et sacrés » ; le préambule de la Constitution de 1946 qui consacre des « droits » de nature économique et sociale : le droit au travail et à l'emploi, le droit syndical, le droit de grève, le droit d'asile aux personnes persécutées… Mais nulle trace des « devoirs ».

Dans les manuels d’instruction civique, l’édition 2006 du Cahier d’activités (Nathan, 4e) parle de « droits des travailleurs » et de « droits sociaux pour les collégiens ». « Demain, citoyens » (4e) évoque des droits politiques, des nouveaux droits des apprentis, etc. Nulle part le mot « devoir ».

Les mots de l’échange, du contrat, de l’engagement qui fait société se sont évanouis. Dans les faits, le « service » rendu l’est à sens unique. Le patriotisme est en berne, puisqu’à part consommer équitable, rien ne nous impose d’être citoyen – et finalement d’être français. Il y a, dans cette exaltation des avantages et cet effacement des responsabilités, cette attente un rien suffisante d’un dû; un brin de perversité, aussi : comment s’étonner ensuite de l’immuabilité des corporatismes et de  la montée de l’individualisme ?

John Kennedy a eu du courage en disant : « Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais ce que pouvez faire pour votre pays. » Par lâcheté peut-être, on a préféré parler en France de « cohésion », un mot pervers qui finit par produire l’exact contraire de lui-même. Par couardise, on s’est trop vautré dans la stérilité de notre « pacte républicain » exalté par Dominique de Villepin, dans les « valeurs de la République » dont Chirac fait immodérément référence, ou de cette aspiration au « rassemblement » que la gauche a rongé jusqu’à l’os. Alors que je suis persuadé que la réhabilitation des devoirs, dans les faits (service militaire, obligation de voter sous peine d’amende – comme au Chili, du reste) et bien sûr dans les mots, serait un appel bien plus percutant à la responsabilité de chacun.

« Devoir » semble un lieu commun. Et pourtant, c’est un mot neuf. Un territoire en friche. Un extraordinaire potentiel de cimentage national, un espoir d’unité, le meilleur rempart contre les abus de droits dont nous avons trop payé la facture.

J'ai besoin de mots.

Par Hypolite Brindavoine - Publié dans : Humeurs
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