Why ?

Peut-on encore échapper au Capharnaüm

Hypolite B. ausculte les 100 mots qui fâchent...

Capharnaüm ?

Définition: Lieu où s'entasse un bric à brac d'objets divers

Synonymes: Bazar, bordel, bric-à-brac, confusion, désordre, encombrement, entassement, fourbi, méli-mélo, pêle-mêle, pagaille ...

Citation: "Les bureaux du « génitron » en fait de terrible désordre, de capharnaüm absolu, de pagaye totale, on pouvait pas voir beaucoup pire... (...) un méli-mélo tragique, tout crevassé, décortiqué, toute l'œuvre à Courtial était là, en vrac, en pyramides, jachère..."
(CÉLINE, Mort à crédit)

Histoire: Capharnaüm, ville située au bord du lac de Tibériade, où Jésus fut assailli par une foule hétéroclite de malades faisant appel à son pouvoir guérisseur

Vendredi 28 juillet 2006 5 28 07 2006 10:17

Si vous doutiez encore du pouvoir déformant des mots, allez donc vous procurer en kiosque le numéro d’août 2006 du magazine Capital. Sa lecture m’a filé quelque espoir et beaucoup de frissons : place aux « jeunes » dans cette édition, avec force sondages sur la manière dont les adolescents de 15 à 35 ans jugent le monde présent et à venir. Dans le questionnaire « ces mots vous paraissent-ils connotés plutôt positivement ou négativement », je suis resté interdit par l’abîme entre ce qu’un mot signifie en théorie et comment il est perçu en pratique : les jeunes plébiscitent les mots « libéralisme » (67% d’opinions positives) et « mondialisation » (58% d’opinions positives). Et alors que le terme « finance » empoche 56% d’opinions positives, les sondés rejettent celui de « capitalisme » avec un score quasiment identique (58% d’opinions négatives, 38% positives). Pour résumer, nous pourrions donc dire que les jeunes sont favorables au libéralisme, ouverts à la mondialisation, réceptifs aux bienfaits de la finance, mais clairement anti-capitalistes… C’est à n’y rien comprendre.

Songeons maintenant aux motivations, pas tout à fait innocentes, des rédacteurs du questionnaire : pour proposer des mots différents au concept d’économie de marché, il leur a bien fallu juger plausible, avant même la réalisation du sondage, que chaque terme puisse réaliser un score différent. Donc prendre acte du pouvoir des mots, au-delà même de l’idée à laquelle ils renvoient. Ils avaient vu juste. Pour espérer gagner l’adhésion des jeunes, un politicien exprimera son souhait de voir pérennisée l’économie de marché de n’importe quelle manière, pourvu qu’il ne fasse pas sien le terme de « capitalisme ». La pédagogie a encore du chemin à faire – et la démagogie de beaux jours devant elle.

Pourrait-on imaginer un duel sur le fil entre un candidat s’appropriant en douce le mot « mondialisation » et un autre jouant à la dérobée la carte du « capitalisme » ? Une bataille de pure forme que ce sondage rend pourtant concevable. C’est sidérant, et comme je m’éreinte à le répéter, « c’est-encore-une-fois-la-faute-aux-mots ».

Par Hypolite Brindavoine - Publié dans : Des mots pour faire du bruit
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