Why ?

Peut-on encore échapper au Capharnaüm

Hypolite B. ausculte les 100 mots qui fâchent...

Capharnaüm ?

Définition: Lieu où s'entasse un bric à brac d'objets divers

Synonymes: Bazar, bordel, bric-à-brac, confusion, désordre, encombrement, entassement, fourbi, méli-mélo, pêle-mêle, pagaille ...

Citation: "Les bureaux du « génitron » en fait de terrible désordre, de capharnaüm absolu, de pagaye totale, on pouvait pas voir beaucoup pire... (...) un méli-mélo tragique, tout crevassé, décortiqué, toute l'œuvre à Courtial était là, en vrac, en pyramides, jachère..."
(CÉLINE, Mort à crédit)

Histoire: Capharnaüm, ville située au bord du lac de Tibériade, où Jésus fut assailli par une foule hétéroclite de malades faisant appel à son pouvoir guérisseur

Vendredi 16 février 2007

Eternel malade imaginaire que cette France qui se complait à broyer du noir. On n’y rate jamais une occasion de clamer que tout va mal. Même lorsque tout va bien. Un exemple frappant de cette tendance masochiste lourde est le flot de réactions accompagnant la révélation mensuelle des chiffres du chômage. De façon admirable, les commentaires sont généralement plus accablés lorsque la courbe baisse que quand elle monte : on n’y comprend rien.

En fait, on comprend un peu. Et même si on leur en veut, c’est le boulot des politiques que d’en mettre des tartines. Ce qui est plus inquiétant, c’est que même les journaux participent – peut-être à leur insu, d’ailleurs – de la pérennité de cette étrange déprime.

Avec l’usage du mot « embellie ».

Là, vous vous dîtes : « Putain ! Le brave Brindavoine a encore cramé un plomb », mais pas du tout : plutôt que de vous assommer avec une savante étude du CNRS sur les ressorts de la psychologie française, je vous propose une petite analyse du mot « embellie », superbe allégorie de notre génie à toujours considérer la bouteille à moitié vide.

Jugez plutôt : le magazine L'Expansion soutint le 29 mars 2006 que « Sarkozy profiterait de l'embellie de l'emploi », avant que le quotidien Le Monde ne publie le 29 Avril 2006 un article intitulé « Embellie sur le front du chômage en France et en Allemagne ». Dans son édition du 3 août 2006, le quotidien Libération parla également d’ « embellie générale de l’emploi »Inutile d’insister, sinon sur la définition de l’embellie, une « amélioration momentanée de l'état de la mer et diminution du vent pendant une tempête, ou encore éclaircie du ciel pendant le mauvais temps et la pluie », d’après le dictionnaire Trésor de la langue française.

C’est donc une belle oxymore que de parler d’« embellie durable sur le front du chômage » (site Internet d’Actuchomage, 18 août 2006) ; et inversement une tautologie de risquer une « fragile embellie » (l’Humanité, 1er septembre 1999) ! Par ignorance de la véritable teneur du mot « embellie », la presse indique qu’il n’y pas lieu à se réjouir : en dépit d’une baisse passagère, le chômage est condamné à grimper dans les plus brefs délais. Pour ceux qui reprenaient un peu de poil de la bête, voici donc qui ne devrait rien arranger…

Je passe allègrement sur les critiques ici et là selon lesquelles la baisse du chômage serait le fruit des « radiations », des « emplois aidés », qu’il ne s’agirait que d’un nouveau coup de « communication », que la réalité économique est « toute autre » ou que « le moral des ménages » n'en profite pas. Je bute en revanche carrément sur l’emploi involontaire (mais un rien perfide) du mot « embellie » - et peut-être sur toute cette psychologie de l’autopunition qu’il trahit.

Par Hypolite Brindavoine - Publié dans : Des Mots pour faire peur
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