
Peut-on encore échapper au Capharnaüm ?
Hypolite B. ausculte les 100 mots qui fâchent...
Définition: Lieu où s'entasse un bric à brac d'objets divers
Synonymes: Bazar, bordel, bric-à-brac, confusion, désordre, encombrement, entassement, fourbi, méli-mélo, pêle-mêle, pagaille ...
Citation: "Les bureaux du « génitron » en fait de terrible désordre, de capharnaüm absolu, de pagaye totale, on pouvait pas voir beaucoup pire... (...) un méli-mélo tragique, tout crevassé, décortiqué, toute l'œuvre à Courtial était là, en vrac, en pyramides, jachère..."
(CÉLINE, Mort à crédit)
Histoire: Capharnaüm, ville située au bord du lac de Tibériade, où Jésus fut assailli par une foule hétéroclite de malades faisant appel à son pouvoir guérisseur
Un étrange état de guerre civile soft semble régner sur l’hexagone, renforcé par la référence pluriannuelle, biannuelle, annuelle, semestrielle, bimensuelle, mensuelle, hebdomadaire, quotidienne... beaucoup trop fréquente à un vocable phonétiquement disgracieux : le « tollé ».
Le tollé, ce « cri collectif de protestation (…) exprimé par un ensemble de personnes » (définition du Trésor) donne vaguement l’air d’être consubstantiel à tout ce qui se fait de novateur - et donc de polémique - en ce bas monde. Quand il n’est pas de gauche (« Royal suscite un tollé à gauche à propos de la carte scolaire »), le tollé est « syndical » (sur le renforcement du contrôle des chômeurs, le service garanti à la SNCF et la révision de la retraite anticipée), voire de droite (à propos du « tollé provoqué à droite par les jurys citoyens »). Le constat du « tollé » semble donc être la seule chose sur laquelle tout le monde soit - paradoxalement - d’accord.
« Tollé » n’est bien sûr que la partie émergée de l’iceberg. A l’évidence, la France se plaint de tous les mots, puisqu’il faut également mentionner les « chahuts » (Le Monde) et autres « broncas » (L’Humanité) à l’assemblée nationale, les « haros » (RFI) et les « huées » (Nouvel Observateur) dans les couloirs des corps intermédiaires, les « scandales » (Le Monde diplomatique) et autres « tumultes » (La revue parlementaire) sur les plateaux de télé, les « cris » (site de l’assemblée nationale) et les « sifflets » (Le Figaro) aux meetings politiques. Mais le « tollé » reste le plus magnifique porte parole du non moins littérairement exact « bordel généralisé » car, sous l’effet du mimétisme des médias (certains diront de la circulation circulaire de l’information), c’est le terme que l’on entend répété le plus souvent.
Les Français ont tout fait pour qu’un cliché circule à leur endroit : celui d’un peuple qui, depuis qu’il s’est mis aux 35 heures, dispose de plus de temps libre pour s’entremettre sur la poire. Dans les yeux des étrangers, notre pays s’est transformé en un gigantesque préau avec bac à sable attenant. Bizarrement, c’est de la récré de la France d’en haut qu’il s’agit.
Contre-capharnaüm