Why ?

Peut-on encore échapper au Capharnaüm

Hypolite B. ausculte les 100 mots qui fâchent...

Capharnaüm ?

Définition: Lieu où s'entasse un bric à brac d'objets divers

Synonymes: Bazar, bordel, bric-à-brac, confusion, désordre, encombrement, entassement, fourbi, méli-mélo, pêle-mêle, pagaille ...

Citation: "Les bureaux du « génitron » en fait de terrible désordre, de capharnaüm absolu, de pagaye totale, on pouvait pas voir beaucoup pire... (...) un méli-mélo tragique, tout crevassé, décortiqué, toute l'œuvre à Courtial était là, en vrac, en pyramides, jachère..."
(CÉLINE, Mort à crédit)

Histoire: Capharnaüm, ville située au bord du lac de Tibériade, où Jésus fut assailli par une foule hétéroclite de malades faisant appel à son pouvoir guérisseur

Vocables préférés

Vendredi 3 février 2006

J’ai conscience que ma page perso prend de temps à autres une allure de Blog de destruction massive. Je tire, sans distinction aucune, sur tout et n’importe quoi. Je reviendrai à des propos plus rassembleurs après ceci : « qu’est-ce qu’être Français ? », se demande-t-on à longueur de colonnes et de best-sellers. Ma foi, je n’en sais bien rien, mais le « Frenchy » se dévoile tout de même un peu dans le texte. Quand on est Français, on l’est jusqu’au bout des mots. Comme le mot « contre ».

Un Français n’est jamais pour ; il est toujours CONTRE. La mondialisation ? Le cheminot est CONTRE. Le maçon letton ? Le villiériste est CONTRE. L’Europe fédérale ? Le communiste est CONTRE. L’Inde, la Chine, Israël et les Américains ? Le politiquement correct dit qu’il faut être CONTRE. La compétition, la concurrence ? Encore CONTRE. L’immigration, la discrimination positive ? Même les immigrés sont CONTRE (vraie expérience vécue au cours d’un reportage en Seine St Denis). On ne peut pas être contre le « contrement » correct. On ne lui demande même pas son avis, au www.râleur/hurleur/grogneur/rouspéteur/tapageur.fr de Franchouillard de service ! Mais là n’est pas le problème, finalement : quoi qu’on dise, qu’on fasse, qu’on conjecture, qu’on invente, qu’on intente, qu’on expérimente, qu’on ose ou qu’on commette … ces veaux de Français sont évidemment CONTRE.

Chers Capharnaümbloggeurs, vous êtes-vous déjà demandé combien de fois par jour vous entendiez, sans le savoir, le mot « contre » ? La PMAF est « contre l'élevage industriel des poulets », Greenpeace « contre les baleiniers japonais », la société française de cardiologie « contre l’hypertension artérielle », Ni Putes Ni Soumises « contre le machisme et les violences masculines », l’union syndicale Solidaires « contre les fonds de pension », la WWF en lutte « contre les menaces qui pèsent sur la Grande barrière de corail », la fondation 30 millions d’amis « contre l’utilisation de fourrures de chiens et de chats » et la ville de Bourges « en lutte contre les déjections canines abandonnées ». J’ai même déniché un « comité de lutte contre le langage SMS et les fautes volontaires ». C’est pour dire !

Tout cela me rappelle une réplique de Valérie Lemercier dans un de ses one-man-show : « Ce que je pense du SIDA, moi ? Je suis contre ! »

Par Hypolite Brindavoine
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Lundi 13 février 2006

Faire de la communication en politique, c’est avant tout savoir s’adresser au paysan qui sommeille en chacun de nous. A chaque annonce, il faut que le Français puisse presque entendre les cigales du midi, humer l’odeur d’un Saint-Nectaire et s’imaginer le plateau du Larzac envahi de bonnes grosses Charentaises. Face à une réforme qui promet son lot de lutte contre le Grand Satan américain, d’invasion de colonies de maçons lettons et de rassemblements de tous les peuples de gauche contre la mondialisation, voici une règle d’or : garantir que tout est « nature », « bio », « authentique » et « fait maison » - bref … « à la française ».

Comme la bienséance socialo-trotskiste commande de beugler que les remèdes anglo-saxons ne sont pas « transposables » à notre pays, tout est dès lors relevé sauce « à la française ». Voilà pour la valeur ajoutée. La « class action » n’est point une copie conforme du modèle américain : c’est une « class action … à la française » ( La Tribune , 17/10/02). Les fonds de pension ? Une bonne idée, pour autant qu’il s’agisse de « fonds de pension … à la française » (L'Expansion, 21/04/2004) ; la discrimination positive n’est inacceptable en l’état, sauf si Sarkozy nous promet une « discrimination positive … à la française ».

Vous ne saisissez pas la nuance ? Peu importe ! Retenez seulement que l’on-peut-faire-comme-les-américains-mais-sans-faire-comme-les-américains. Est-ce clair ?

On vantera dès lors le « capitalisme à la française » pour ne fâcher ni les patrons, ni les syndicats ; on parlera de primaires « à la française » afin de contenter les électeurs du PS en délicatesse avec les Etats-Unis ; la pilule passera plus facilement si l’on évoque également le « whistleblowing à la française » ; on louera enfin les merveilles du Chapitre XI « à la française » parce que si le PDG en banqueroute apprenait que nous n’avons rien changé à toutes ces procédures crées pour sauver son entreprise, il serait chiche de crier au scandale ! La nouvelle chaîne internationale ? Comparons-là à CNN … mais « à la française » ! A cette petite différence près qu’elle sera dotée d’un budget annuel de 65 millions d'Euros, quand la « vraie » CNN survit modestement avec … 550 millions de Dollars.

J’ignore tout de la situation politique italienne, mais j’imagine Berlusconi avec tous les machos dans la rue. Hé ! Silvio, si tu veux leur imposer les fonds de pension, tu leur dis : « La capitalisation individuelle ? Mais c’est Maman qui l’a préparée en cuisines ! »

Par Hypolite Brindavoine
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Jeudi 16 février 2006

Il y a une espèce de propension à la fanfaronnade dans le milieu du football qui n’a pas finie de me laisser perplexe. Pourquoi, à chaque fois qu’un pauvre sous-fifre parcourt trente mètres derrière un ballon, drible deux défenseurs et balance son projectile entre trois mailles de filets, il faut absolument crier à l’« exploit » ?

« C’est Hadji, sur un exploit personnel, qui va libérer les Lions de l’Atlas. Il contrôle et accélère côté gauche pour glisser le ballon sous le gardien algérien », dixit Afrik à propos de la victoire du Maroc en demi-finales de la coupe d’Afrique des Nations.

Non, mais pour qui il se prend, ce péteux de service ? Pour le nouvel Achille des temps modernes ? L’agence Reuters en remet une couche vendredi dernier : « Le Racing Club de Lens recherchera l’exploit samedi face à Lyon afin de se relancer dans la lutte aux places européennes ». Mais qu’est-ce qu’ils ont, ces tiers-héros, à se prendre pour les réincarnations d’Ulysse ?

« Exploit », qui s’entend généralement d’une « action d'éclat, courageuse, héroïque accomplie à la guerre », peut désormais qualifier un pauvre coup d’escarpin, immédiatement suivi d’une partouze devant 40 000 spectateur! Et c’est ainsi que l’on assiste au retour de l’exploit pour tout et pour rien. Une dégénérescence de la langue française qui va de pair avec la bulle hyperspéculative des « héros », nouvelle race tout aussi hybride qu’éphémère et qui se reproduit plus vite qu’une colonie de criquets.

Qu’il est loin, le temps de l’aéropostale où les aviateurs français acheminaient le courrier entre Paris et Santiago à bord de leur Potez ! Et la première ascension de l’Himalaya le 29 mai 1953 par Edmund Hillary et le sherpa Tensing Norgay ? Que dire enfin des pompiers new-yorkais dans les tours enflammées du World Trade Center ? Voilà que l’on doit se taper, sans broncher, ces nouveaux imposteurs de la gloire, le tout sur l’autel de l’introuvable cohésion nationale. Par un magnifique effet de levier médiatique, les nouveaux tartufes s’affichent comme les hommes préférés des Français, voire même les symboles contemporains de la réussite sociale et personnelle.

Triste monde, où allons-nous ?

Par Hypolite Brindavoine
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Vendredi 24 février 2006

De toutes les incitations au cul qui dégoulinent des vitrines des kiosques à journaux, « l’astrosexe » est celle qui me laisse le plus embarrassé. Que ne fallait-il pas encore inventer pour succomber au péché de la chair ! Clara Morgane en string ? Complètement dépassé. Le journal du Hard ? Has been. Dorénavant, il ne faut jurer que par les « astro-positions coïtales de la femme balance » et « les meilleures positions sexuelles selon le signe du zodiaque de votre partenaire ». Dans le cas contraire, vous êtes passible d’opprobre éternel pour troubles à l’ordre cosmique

L’interdit sexuel que l’on croyait dépassé nous revient paradoxalement en plein dans la poire. L’ancien dogme religieux a dénoncé le cul hors mariage ; le nouveau dogme céleste préside dorénavant à la partouze sans fin. L’ironie de l’histoire est tristement exemplaire : chaste ou néophyte de la fellation parfaite, votre corps ne s’est toujours pas émancipé de la contrainte.

L’injonction à la liberté sexuelle se propage désormais dans les manchettes des magazines. « Foutez ! » semble être le mot phare qui dirige le monde – et tout le business qui va avec. « Dans la mesure où vous faîtes 1,80 mètre pour 65 kilos, que vous fréquentez trois boîtes de nuit échangistes, que vous couchez avec douze partenaires durant l’été et que vous avez trompé votre époux(se) par trois fois durant les six derniers mois, vous êtes libres ! », nous répète-t-on à l’envi. Mais sans le savoir, ce retournement de tendance nous a davantage cloîtré que nos ancêtres.

Pendant ce temps, je m’échine encore à trouver le lien de causalité entre mes chances de casser pour de bon les pattes arrières de ma charmante voisine de pallier et le positionnement de la galaxie du Centaure, située à 25 000 années lumières de ma cage d’escalier ! M’enfin … si vraiment, comme le dit mon astrosexe, je ne la choperai pas au Printemps, assurez-moi au moins que ce n’est pas parce que je suis un looser ?

Par Hypolite Brindavoine
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Mardi 10 juillet 2007

Il doit se développer depuis peu un étrange syndrome de la boîte à sardines pour expliquer combien les Français aiment se sentir « proches » les uns des autres. Ce doit être une réaction à l’anonymat des files d’attente de la SNCF le vendredi soir : il faut créer du lien. La justice doit être « de proximité », la police doit être « de proximité », les commerces, les services, les activités, les petites annonces gratuites… tout ce qui m’entoure doit être marqué du sceau de la  « proximité ». Ma  vie sociale se mesurerait à ma capacité à me frotter contre le premier venu. C’est insupportable.

Voilà donc qu'à refuser son offre de « service personnalisé », ma banque laisserait entendre que je suis un ours ! Mais sous prétexte de me rapprocher, le marketing m’a en fait isolé. Le marchandisage s’est engouffré dans la conquête de niches : il parle de lien mais il découpe les espaces et les groupes ; il vend du social mais il reconstruit les murs et redonne du sens à la distance. Toujours plus d’individualisation, c’est l’histoire de l’avenir. Avec son offre de  « service personnalisé », ma banque ne fait pas de moi un philanthrope ; elle me métamorphose plutôt en ermite.

La politique n’a pas raté le coche. « Dîtes-moi donc, cher sondé, quelle est la personnalité politique qui vous semble la plus proche des préoccupations des Français ? » La proximité est devenue la nouvelle pensée unique des sondages. Qui est plus « proche » des jeunes, des attentes des citoyens, des gens, des particuliers et des élus ? Qui, selon vous, est le plus « proche » des réalités du terrain et des administrés ? A ce rythme, Ségolène Royal n’est plus auprès de moi, elle est dans moi ! Les programmes politiques de sont « personnifiés » autour de la personne du candidat - et je suis à mon tour devenu personnifié par leur stratégie de la proximité. Ce soir, c’est décidé : j’allume la télé et je dîne en tête à tête avec Sarko…

A force de proximité, le social sera l’adition de tous mes égoïsmes !  

Par Hypolite Brindavoine
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Capharnaümnautes

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