Blasphème, que de crimes commis en ton nom ! Ayant refusé de se découvrir au passage d'une procession religieuse, le chevalier de La Barre (1747-1766) fut condamné à avoir la langue arrachée et à être brûlé vif. Le Parlement de Paris commua sa peine en décapitation et Voltaire fit de ce crime le symbole de l'intolérance religieuse. Le terme blasphème vient du grec blaptein (nuire) et phémè (réputation). Blasphémer, c'est prononcer une parole injurieuse contre Dieu. Est blasphémateur celui qui maudit le nom de Dieu, ou l'invoque pour mentir, ou prononce en vain son nom. Les juifs ne prononcent jamais le nom de Dieu. Et, par superstition, le mot "bleu" a remplacé Dieu dans les jurons comme "parbleu", "morbleu" "palsambleu". Par extension, le mot blasphème désigne toute forme d'impiété ou d'irréligion. La Loi du peuple juif punit de mort le blasphème (Lévitique). Jésus, "Fils de Dieu", est condamné pour cette faute. L'Eglise, quant à elle, l'a punie longtemps de mutilations corporelles. La Révolution française met fin à la législation faisant du blasphème un délit. En terre d'islam, on a aussi puni des blasphémateurs (mujaddif), dont la figure emblématique est le mystique Al-Hallaj, pendu à Bagdad en 922. La loi islamique n'inclut pourtant pas cette notion. Au Pakistan, la dernière loi au monde sanctionnant le blasphème est un héritage de... l'époque coloniale britannique !
Henri Tincq

Contre-capharnaüm