Why ?

Peut-on encore échapper au Capharnaüm

Hypolite B. ausculte les 100 mots qui fâchent...

Capharnaüm ?

Définition: Lieu où s'entasse un bric à brac d'objets divers

Synonymes: Bazar, bordel, bric-à-brac, confusion, désordre, encombrement, entassement, fourbi, méli-mélo, pêle-mêle, pagaille ...

Citation: "Les bureaux du « génitron » en fait de terrible désordre, de capharnaüm absolu, de pagaye totale, on pouvait pas voir beaucoup pire... (...) un méli-mélo tragique, tout crevassé, décortiqué, toute l'œuvre à Courtial était là, en vrac, en pyramides, jachère..."
(CÉLINE, Mort à crédit)

Histoire: Capharnaüm, ville située au bord du lac de Tibériade, où Jésus fut assailli par une foule hétéroclite de malades faisant appel à son pouvoir guérisseur

Des mots pour faire l'autruche

Samedi 18 février 2006

A en croire le nombre de calamités naturelles qui déferlent dans les colonnes des journaux, la France doit se situer, à l’insu même des sismologues, aux confins des plaques eurasiennes, africaines et arabiques réunies. J’envie le Japon et ses minables secousses hebdomadaires ; encore plus les Hawaïens, leurs volcans et les misérables fumeroles qui vont avec … non ! Avec tous ces séismes sociaux qui nous secouent, les vrais soldats du feu restent les Français. Dans l’hexagone, l’échelle de Richter est largement obsolète. De l’Elysée à Matignon, en passant par la moindre permanence d’un député de rase campagne, tous les bâtiments sont construits selon les techniques antisismiques les plus élaborées. De sorte que l’on puisse résister à ce qu’il est désormais convenu d’appeler, ni les ronronnements de la « France d’en haut » ; ni les grondements de la « France d’en bas » ; mais « les tremblements de la France du sous-sol ».

A en croire nos analystes politiques, le 21 avril ne serait rien de moins qu’un « tremblement de terre politique » ; Outreau ? Un « séisme judiciaire ». Voilà donc ce qu’en dirait la France « Eundeurgrounde ».

N’y a-t-il pas pourtant ici une erreur de diagnostic ?

Je m’amuse toujours à entendre nos politiques confier que les Français sont parfaitement imprévisibles. La faute au mot « séisme », peut-être… La référence à ce terme paraît entendue : il s’agit d’insister sur l’impact majeur de l’évènement, l’ampleur de l’onde de choc. Mais cela prête également le flan à une sorte d’irresponsabilité collective. Que peut-on bien faire face à un séisme ? Et pouvait-on le prévoir ? La qualification apparaît dès lors aussi innocente que perverse. Aussi bien intentionnée que sournoise. Paresse aidant, nous filons tout droit vers le prochain « séisme ». Je mets mon flair sismographique à rude épreuve : que dirions-nous d‘un prochain séisme en mai 2007 ?

Par Hypolite Brindavoine
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Dimanche 12 mars 2006

Autant le Français attraperait une pervenche par le collet s’il la surprenait en flagrant délit de verbalisation de sa berline, autant il fait preuve d’une totale atonie au moment de faire valoir son droit le plus élémentaire de se rendre à son lieu travail. La continuité du service public a beau être un principe constitutionnel, 70 % des Français soutiennent les grèves, et les « usagers pris en otage » ne pèsent pas bien lourd dans la balance. Cette attitude crétine s’expliquerait peut-être à la lumière de l'usage d'un ovni de  notre encyclopédie : « Usager du service public ».

Le qualificatif « usager du service public » semble inférer que si d’aventure le conducteur venait à réclamer l'aplication des 32 heures en se ligotant aux roues de son bolide métropolitain, le voyageur n'a pas vraiment son mot à dire. En fait, par l’effet d’une formidable pirouette langagière, le vocabulaire administratif l'induit tout simplement dans l'erreur qu'il ne bénéficie pas du statut de « client ».

Le Français paie pourtant des impôts pour la bonne tenue du service public, en même temps qu’il s’acquitte d’une redevance exorbitante au titre de son coupon mensuel de carte orange. Pourquoi, donc, ne pas l’appeler « client », puisqu'il est un consommateur comme les autres protégé par le droit de la consommation? On imagine le respect immédiat qui lui serait ainsi dû. Tout le rapport de force s'en trouverait bouleversé, et l’on verrait la hot line de la RATP submergée de clients mécontents.

Un jour, le conducteur du métro prendra le micro et dira : « nous informons notre aimable clientèle qu’en raison de … » ou bien la régie lâchera des sublimes hôtesses tout sourire dans les couloirs qui diront: « en vue de mieux répondre à vos attentes, nous réalisons une enquête consommation », etc. Ce jour là, c'est certain, la France sera devenue réformable.

Par Hypolite Brindavoine
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Vendredi 17 mars 2006

La France semble être nouvellement atteinte d’un mal incurable : la rage du tout « gratuit ». Que vous traîniez dans les supermarchés, sur les journaux en ligne, aux abords des bouches de métro ou dans les syndicats d’initiative, tout est « gratuit ». Boulimiques, gavés comme des oies que nous sommes, le « gratuit » nous ouvre des possibilités encore inconnues de béatitude consumériste.

Quand je lis pourtant que Bouygues propose un « forfait gratuit pour le week-end », on me prend vraiment pour une cruche: la gratuité a un coût puisqu’à mon forfait 2 heures s’ajoutera un supplément substantiel pour palier ma fièvre téléphoneuse dominicale. Lorsque j’entend encore Raffarin annoncer en 2004 sur France Inter que 300 000 familles supplémentaires et leurs rejetons bénéficieront d'un accès gratuit aux soins dans le cadre de la réforme de l'assurance maladie, j’insiste : quand ce sont les impôts qui comblent le trou de la Sécu, faut-il forcément parler de gratuité ? « Un musée gratuit pour tous », lis-je encore sur le site de la mairie de Paris, suivi ailleurs de « Grippe : vaccins gratuits disponibles en pharmacie jusqu'au 31 décembre ». Je persiste et signe : est-ce Bill Gates le philanthrope qui va aller vacciner les Français, ou bien le service public qui va régler la note ?

« Gratuit » n’est, ni un contresens, ni un dérapage verbal, encore moins un abus de langage : c’est juste un beau mensonge. Gâtés pourris dans un pays où il fait bon être chômeur, retraité, grippé, chikungunyé et si possible en soins palliatifs, le mot « gratuit » nous berce inlassablement dans cette illusion douce qu’il n’y a pas de limites à nos caprices. Comment ensuite expliquer que les caisses sont vides quand le verni langagier nous laisse croire qu’il y en aura toujours pour tout le monde ? L’Etat a fini par devenir victime de ses bonnes intentions ; buffet retraites à volonté ! Open Bar sur l’assurance maladie ! Farandole de check-up hospitaliers ! Ah, j’oubliais : « le fric, on sait où il est », hein !

… et voilà comment le mot « gratuit », emblème d’un modèle de solidarité envié partout sur terre, est devenu le symbole le plus abouti de notre individualisme, de notre petitesse et de notre égoïsme.

Par Hypolite Brindavoine
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Samedi 29 avril 2006

« Élément fondamental du tissu vivant » (définition biologique du Littré), la « cellule » est en passe de devenir également le nouvel élément structurel du tissu social français. A y regarder de près - c'est-à-dire en collant son nez dans les nichons cathodiques de Claire Chazal vers 20 heures le week-end – on prend conscience de l’invasion celluleuse en train de prendre la « France par le bassin » - en voilà au moins une qui aura réussi !

Car à bien y réfléchir, concevrait-on de se passer d’une « cellule psychologique » lors d’un accident de la route ? Imaginerait-on un tremblement de terre sans son inséparable « cellule de crise » ? Une épidémie de grippe aviaire sans sa consubstantielle « cellule d'intervention biologique » ? Un bug informatique sans le binôme « cellule d’urgence » ?

Soyons sérieux, voyons ! Pas une catastrophe quotidienne ne se sépare d’une de ces « cellules » aux effets antalgiques, qu’il s’agisse également d’une cellule économique,  de veille, spéciale de la PJ, pédagogique ou même juridique. Mais la cellul’mania ne s’arrête pas là : ce serait trop facile, et le Marketing est toujours à la recherche de nouveaux sommas à se mettre dans la cassette…

Comment ?

           Vous ne l’avez pas vu venir ?

                                          Le Numéro Vert, bien sûr !

En matière de numéro vert, le Web recèle des merveilles d’assistanat et de nursing haut-débit : [clic] Numéro vert « à votre disposition », [clic–clic–clic] « anonyme et gratuit » [clic] « depuis un poste fixe » [clic–clic] « Le numéro vert du service déchets ménagers de Caen la mer » [clic] « demandé par 83% de la population marmandaise le numéro vert est opérationnel depuis … » [double-clic] « accueil, écoute, soutien, orientation » [re-clic] « numéro vert pour la sexualité » [clic–clic] « un numéro vert pour stopper le suicide »

[Ctrl-Alt-Suppr] Les nouveaux sédatifs sont en vente dans tous les bons news magazines et communiqués officiels ; l’anesthésie dure quelques jours tout au plus – le temps pour le cours de la vie quotidienne de reprendre la main sur une passagère convulsion médiatique.

Par Hypolite Brindavoine
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Jeudi 10 août 2006

La « zone » a le vent en poupe. Terme cru désignant un « faubourg caractérisé par un habitat misérable » (définition du Trésor), le terme « zone » a été considérablement anesthésié lorsque le vocabulaire étatiste lui a, paradoxalement, apposé ses lettres de noblesse. Depuis que l’administration a préempté l’appellation « zone », rien ne va plus : avant, on disait « c’est la zone » ; maintenant, il faut dire « les zones », tant elles sont nombreuses et disparates.

Petites sœurs des « quartiers » (avec toute la terreur que ce mot inspire), les « zones », donc, sont soumises à deux forces contradictoires : pas assez d’urbanisation d’un côté, avec la création en 1958 des « ZUP », zones à urbaniser en priorité et en 1996 des « ZRU », zones de redynamisation urbaines ; trop d’urbanisation de l’autre, avec l’arrivée en 1961 des « ZAD », zones d’aménagement différées afin de lutter contre la spéculation immobilière. Le lexique bureaucratique nous apprend donc que la ville est tout à la fois la seule solution viable aux emmerdes - tout en étant jugée comme l’inévitable continuation des mêmes emmerdes, comme en témoigne l’apparition en 1996 des très pudiques « ZUS », zones urbaines sensibles. De quoi sombrer dans le désespoir – ou le cynisme, c’est selon.

Synonymes de déréglementation (zone de non droit, zone franche urbaine, zone de libre échange des Amériques, zone économique européenne, zone libre…), les zones tranchent pourtant avec le tout plein de lois dont certaines font justement l’objet. Fréquemment « prioritaires » (apparition en  1982 des « ZEP », zones d’éducation prioritaire, création en 1990 de l’« OZP », l’observatoire des zones prioritaires), on a également vu qu’elles pouvaient également être « différées ». Mais cela revient au même, puisqu’on les « diffère » en « priorité » : les zones sont donc peuplées de « zonards », dit aussi citoyens « de seconde zone », traités en théorie comme s’ils appartenaient à la « première zone » (une oxymore, bien sûr).

Il semble ainsi proliférer une duplicité entre le langage âpre de la rue et le lexique administratif teinté d’extrêmes précautions : plus l’on remet des « couches de zones » avec maintes appellations poétiques et imaginatives, plus c’est bizarrement pour parler de « la zone », sa réalité choquante et misérable. L’étude de ce mot révèle ainsi des merveilles d’imagination et de créativité bureaucratique ; les fonctionnaires et leurs administrés ne semblent pourtant pas communiquer sur les mêmes ondes.

Par Hypolite Brindavoine
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Vendredi 18 août 2006

L’expression « on naît avec ou on naît sans », teintée souvent d’un brin d’ironie, ne fait plus rire quand on sait combien l’argot moderne fait état de la seconde catégorie de sujets. Puisqu’il qu’il est devenu trop barbare d’admettre qu’il y ait en France des clandestins, des crèves la faim, des orphelins, des chômeurs de longue durée, des dépressifs et des alcooliques, on préférera qualifier ces individus en référence à quelque chose de « normal ». C’est que l’obsession de la normalité rôde dans les parages : biberonnés de « retour progressif à la normale » dans les métros et de « températures proches des normales saisonnières » vers 20h45, il nous faut trouver la parade pour standardiser le difforme : les « sans » tombent à point nommé. Les « sans » papiers, les « sans » abris (autrement appelés les « sans » domicile fixe ou les « sans » logis) les « sans » ressources, les « sans » emploi et les « sans » famille occupent ainsi régulièrement le devant de la scène.

Lorsqu’il est question de régularisation de clandestins, de squats de manouches, de vagues de froid meurtrières et de seuils psychologiques des 10% de chômeurs, la préférence pour le préfixe « sans » tranche étonnamment avec l’attitude courageuse que les médias, avec force tapage, nous invitent à adopter lorsque nous nous informons. C’est comme si le message d’ensemble était du coup brouillé : le consommateur oscille entre la conscience de ses responsabilités devant des images parfois insoutenables, et la fuite pure et simple au son des mots qui les accompagnent. En prenant comme étalon de référence le français moyen, « avec » son passeport, son toit, son job et sa marmaille en bonne et due forme, le langage a réussi le pari de « normer » l’inclassable. Service minimum de bonne conscience garanti.

Il faut voir, enfin, avec quelle efficacité les médias ont simplifié une réalité complexe. Le mot « sans » est symptomatique de cette volonté, parfois inconsciente, d’aplatir les différences. Songeons un instant à la variété de situations que recouvre l’appellation « sans » papiers : les demandeurs d’asiles, les réfugiés sans statut, les conjoints de citoyens français, le conjoints de personnes en situation régulière, les conjoints d’un réfugié statutaire, les parents d’enfants nés en France, les enfants entrés en France hors regroupement familial, les étrangers atteints d’une pathologie grave… foin des nuances, tout ce petit monde se voit commodément « rubriqué » dans la catégorie floue et indigeste de « sans » papiers. Voici que l’on ne désigne plus, mais que l’on qualifie ; on ne définit pas, on distingue ; on ne dénomme point, on catalogue.

Par Hypolite Brindavoine
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Vendredi 25 août 2006

Nouvelle proposition : pourquoi ne pas créer de toutes pièces l’expression « jeunes a-favorisés » ? Ce serait une juste réplique à un abus de langage - plutôt amusant du reste - dont les médias et les associations se font régulièrement l’écho : celui de « jeunes défavorisés » habitant des « quartiers défavorisés ».

Pour qualifier quelqu’un de « défavorisé », nous partons a contrario du principe selon lequel notre petit monde est uniquement peuplé de « favorisés » ; c’est en tout cas le seul élément de comparaison proposé. Or en toute logique, nous devrions nous fixer comme référence le jeune « ni-ni » : « ni » pauvre, « ni » riche, « ni » beau, « ni » moche, « ni » con, « ni » trop intelligent, le jeune « normal », quoi (ah ! cette normalité…) : le jeune « a-favorisé ».

D’abord le mot « défavorisé » est une nouvelle précaution de langage pour évoquer « ceux-dont-on-ne-doit-pas-citer-le-nom » ; ensuite il présuppose une réalité forcément fausse et irréaliste, puisque si tout le monde était « favorisé », plus personne ne le serait ! Il faudrait donc dorénavant dire : un jeune en-dessous de la moyenne des autres jeunes « a-favorisés », vivant dans un quartier se situant en dessous de la moyenne des quartiers « a-favorisés »…

Je vous concède que l’expression n’est pas forcément très légère, mais elle est (un peu plus) juste.

Par Hypolite Brindavoine
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Mardi 9 janvier 2007

A l’heure ou Ségolène Royal entend « revisiter » (Le Monde, 20 août 2006) l’héritage de François Mitterrand, on ne résiste pas à l’envie de revisiter nous aussi la sémantique du mouvement immobile : je veux bien sûr parler de cette propension tout à fait remarquable qu’ont certains à faire du neuf avec du vieux, de vendre du congelé réchauffé devant des sondés ébahis : bref, un certain génie français à revisiter l’effet « Picard surgelé », succès médiatique à la clé. L’emploi du tout aussi délicieux que pudique terme « revisiter » le dispute largement à l’opération de lifting « droit d’inventaire » réclamée quelques années plus tôt par Lionel Jospin. Qui le dispute également au flacon de formol étiqueté « changement dans la continuité » prôné successivement par Pompidou (1969) et Valérie Giscard d’Estaing (1974). Bien sûr, le mot que je préfère est celui de « changement dans la continuité », un superbe non-sens qui en dit long sur le courage en politique. Changer sans vraiment changer pour ceux que le changement fâche ; mais continuer – sans vraiment continuer non plus – pour ceux que le continuité fâche tout autant. En politique, il paraîtrait que cela s’appelle « le rassemblement ». Triste ironie de l’histoire, cela a plutôt l’effet magique de ne rassembler que les extrêmes.

Un matin que je lançais la page de Google News, je tombais ainsi devant ce qui m’apparut comme une explication de cette inexorable montée du FN et de LCR, explication tellement limpide qu’elle était bien sûr passée inaperçue : « Jacques Chirac- Angela Merkel, le changement dans la continuité ». Un titre opportunément choisi pour la première visite de la chancelière allemande à Paris, le 24 novembre 2005. C’était toute l'inaction de Chichi qui se trouvait résumée en ces quelques mots. Je voulais espérer que l'on ne s'en vantât point trop, mais ... la pirouette prit finalement le dessus ; une manière élégante de revendiquer le consensus mou, la politique pâte à modeler sauce aigre-doux, sucrée-salée, centre droit-centre gauche, blanc bonnet et bonnet blanc, social-démocratie contre démocratie sociale, le « ni pour, ni contre, bien au contraire », au choix !

Ainsi l’aboulie (c'est-à-dire l’absence de volonté) des dirigeants surfe-t-elle sur des phrases toutes faîtes. Maintes tournures de langage qui pérennisent ce fameux syndrome psycho-maniaco-pathologique du « Picard surgelé » décrit plus haut. Pas besoin d’une prose de cinq cent pages pour pointer l’impuissance des élites ; il suffit juste de regarder cette belle expression dans le fond des yeux.

Par Hypolite Brindavoine
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Jeudi 5 avril 2007

J’ai dû penser que l’on pouvait coucher ensemble sur un malentendu ; je soutiens dorénavant que les usagers du service déclencheront, un beau matin, une mutinerie entre les stations Châtelet et Hôtel de Ville sur un (vraisemblable) malentendu avec leur administration.

La faute au mot « gêne occasionnée ».

Comment dire… A 8h37 du matin, je me trouve dans cette rame bondée, par 40 degrés au fond du tunnel, dans un métro bloqué par un « mouvement social ».

Je ne ressemble à rien et je sais que dans les yeux de la magnifique brune qui frotte une extrémité de son corsage contre mon omoplate, je m’apparente à un proche cousin du pingouin et que je pourrais faire la Une du National Geographic.

En face de moi, un mec a mis son IPOD trop fort. Et tandis qu’un écho de musique métal mystique envahit la rame, mon autre voisine - une blonde décolorée, la quarantaine, l’air acide - me dévisage, l’air de me dire quand je lui écrase l’escarpin qu’elle me pendrait bien par la sonnette d’alarme avec les écouteurs dudit mélomane. Pour parachever le tout, j’ai le nez fourré dans les auréoles matinales d’un éphémère compagnon de galère pendu à la rampe que je traînerais bien par l’oreille gauche en dehors de notre hammam ambulant.

J’aurais dû naître dans la tribu des Mokens, pêcheurs nomades au large des côtes birmanes, et toute cette mascarade n’a pas de sens ; mon deal de 2 millions de dollars est en train de me passer sous le nez à l’heure qu’il est ; ou peut-être un recruteur m’attend-t-il pour le troisième tour de mes entretiens d’embauche ? La femme de ma vie serait-elle en train d’embarquer dans le train à Saint Lazare - sans moi ?

Bref, je fais l’expérience, dans la douleur, du mode de vie parisien : j’ai l’air d’un pauvre con… Et à ce moment précis, lorsque la voix - pas spécialement charmante - du conducteur me décroche en pleine poire un « excusez-nous pour la gêne occasionnée » (ais-je bien entendu « gêne occasionnée »?), moi, Hypolite B., je soutiens que les usagers du service déclencheront, un beau matin, une mutinerie entre les stations Châtelet et Hôtel de Ville sur un malentendu avec leur administration.

Par Hypolite Brindavoine
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Capharnaümnautes

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