Why ?

Peut-on encore échapper au Capharnaüm

Hypolite B. ausculte les 100 mots qui fâchent...

Capharnaüm ?

Définition: Lieu où s'entasse un bric à brac d'objets divers

Synonymes: Bazar, bordel, bric-à-brac, confusion, désordre, encombrement, entassement, fourbi, méli-mélo, pêle-mêle, pagaille ...

Citation: "Les bureaux du « génitron » en fait de terrible désordre, de capharnaüm absolu, de pagaye totale, on pouvait pas voir beaucoup pire... (...) un méli-mélo tragique, tout crevassé, décortiqué, toute l'œuvre à Courtial était là, en vrac, en pyramides, jachère..."
(CÉLINE, Mort à crédit)

Histoire: Capharnaüm, ville située au bord du lac de Tibériade, où Jésus fut assailli par une foule hétéroclite de malades faisant appel à son pouvoir guérisseur

Humeurs

Dimanche 5 mars 2006

Chers Capharnaümnautes, la communauté des casseurs de Capharnaüm s'élargit, avec l'entrée dans le giron de la lutte verbale de la bien nommée Loulotte Poivrotte. Loulotte a tenu à nous faire part d'une ébauche de réflexion sur ...

De même que tout le monde « fait du social », tout le monde semble « faire de la culture » dans sa vie quotidienne. Pas étonnant lorsque l’on réalise que le concept de « culture » est né d’un autre plus large, celui de « civilisation ». Il englobait alors morale, société, systèmes de valeur, styles de vie. D’autres, humanistes notamment, dotaient l’accès à la culture d’une dimension intellectuelle, voire spirituelle.

La culture, aujourd’hui, semble être restée dans les esprits une sorte de mélange plus ou moins harmonieux de toutes ces références. Le terme évoque aujourd’hui un domaine incompris, injustifié, faussé par son côté toujours plus économique. L’art et la culture ne sont plus aussi authentiques qu’on voudrait encore le croire : requêtes décadentes des intermittents du spectacle, Parc Walt Disney à vocation rapidement « anti-culturelle », essor de lectures dérivées, mangas ou bandes dessinées divertissantes, succès doré incarné par le monde du show biz, etc. Le problème de définition semble alors tout autre : à quoi se limite donc la culture ? Quand peut-on dissocier la culture de la simple distraction ? On me condamnerait de dire qu’un jeu vidéo, ou qu’un parc d’attraction ne sont pas des biens ou sorties culturels… D’autres créateurs passionnés m’en voudraient d’oser affirmer le contraire…

Le domaine de la culture a été forcé à se développer trop vite, s’est vu donner un ministère, un large budget, de trop nombreux représentants, nationaux, régionaux, départementaux, communaux. Mais ce secteur avait-il réellement besoin d’être démocratisé pour exister ? Ne se suffisait-il pas à lui-même ? Les créations et projet artistiques et culturels se seraient-ils véritablement assoupis en cours de temps ?

Aujourd’hui la culture est règlementée comme n’importe quel autre secteur ; elle a clairement perdu de son authenticité. Et si parfois un film, un concert, une pièce de théâtre nous ont charmé au plus haut point, on serait bien déçu d’en connaître l’histoire, le clientélisme, l’origine de ses subventions, etc. : la culture doit tout d’abord rester ce à quoi chacun a choisi de s’intéresser, être une offre de créateurs convaincus plutôt que guidée par des intérêts purement mercantiles.

Quand à la bonne vieille définition de Cicéron « cultura anima est » (« la culture est l’âme de la philosophie »), n’y pensons même pas ! Qui donc réfléchira en regardant la première émission de télé réalité dégottée au zapping ?

La culture serait peut être finalement « ce qu’il reste quand on a tout oublié » comme le revendiquait Edouard Herriot, radical socialiste. Merci Edouard! Il semblerait qu’on t’ait un peu ignoré…

Par Loulotte Poivrotte
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Samedi 1 juillet 2006

En écho au post « lutte contre le tabagisme » (4 juin), j'ai bien aimé le titre du Figaro ce matin : « Ariel Sharon lutte toujours pour la vie ». En général, on titrera « lutte contre la mort » en parlant d’un patient dans un état critique. Il y avait pourtant ici comme une touche d’optimisme, un peu de fraîcheur et d'espoir…

Par Hypolite Brindavoine
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Mardi 25 juillet 2006

Je suggère que nous réhabilitions le mot « devoir », auquel la nation ne fait presque plus référence. Quelques subsides de devoir militaire, certaines habitudes électorales qui passent plus pour un acquis qu’une responsabilité, un devoir de mémoire, peut-être, lorsque les livres d’histoire font débat… Tout au plus fait-on référence, aux articles 212 et suivants du code civil, au « devoir conjugal » - ce qui, cela peut se justifier, est amplement suffisant.

En revanche, le mot « droit » monopolise tout nos textes fondateurs. La Déclaration des « droits de l'homme et du citoyen » de 1789, bien sûr, qui évoque les « droits naturels, inaliénables et sacrés » ; le préambule de la Constitution de 1946 qui consacre des « droits » de nature économique et sociale : le droit au travail et à l'emploi, le droit syndical, le droit de grève, le droit d'asile aux personnes persécutées… Mais nulle trace des « devoirs ».

Dans les manuels d’instruction civique, l’édition 2006 du Cahier d’activités (Nathan, 4e) parle de « droits des travailleurs » et de « droits sociaux pour les collégiens ». « Demain, citoyens » (4e) évoque des droits politiques, des nouveaux droits des apprentis, etc. Nulle part le mot « devoir ».

Les mots de l’échange, du contrat, de l’engagement qui fait société se sont évanouis. Dans les faits, le « service » rendu l’est à sens unique. Le patriotisme est en berne, puisqu’à part consommer équitable, rien ne nous impose d’être citoyen – et finalement d’être français. Il y a, dans cette exaltation des avantages et cet effacement des responsabilités, cette attente un rien suffisante d’un dû; un brin de perversité, aussi : comment s’étonner ensuite de l’immuabilité des corporatismes et de  la montée de l’individualisme ?

John Kennedy a eu du courage en disant : « Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais ce que pouvez faire pour votre pays. » Par lâcheté peut-être, on a préféré parler en France de « cohésion », un mot pervers qui finit par produire l’exact contraire de lui-même. Par couardise, on s’est trop vautré dans la stérilité de notre « pacte républicain » exalté par Dominique de Villepin, dans les « valeurs de la République » dont Chirac fait immodérément référence, ou de cette aspiration au « rassemblement » que la gauche a rongé jusqu’à l’os. Alors que je suis persuadé que la réhabilitation des devoirs, dans les faits (service militaire, obligation de voter sous peine d’amende – comme au Chili, du reste) et bien sûr dans les mots, serait un appel bien plus percutant à la responsabilité de chacun.

« Devoir » semble un lieu commun. Et pourtant, c’est un mot neuf. Un territoire en friche. Un extraordinaire potentiel de cimentage national, un espoir d’unité, le meilleur rempart contre les abus de droits dont nous avons trop payé la facture.

J'ai besoin de mots.

Par Hypolite Brindavoine
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Capharnaümnautes

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